ÉCOLE  DOCTORALE  FRANCO-ALGERIENNE

Pragmatique Linguistique

Objet:   Interactions verbales

Université de Biskra. Mai 2005.

 

 

Les notions centrales de la pragmatique linguistique actuelle (courant interactionniste) proviennent de disciplines distinctes et de divers courants à l'intérieur de ces disciplines:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ethnogaphie de la communication (modèle SPEAKING):

Références:

Gumperz, J. (1989): Engager la conversation. Introduction à la sociolinguistique interactionnelle, Paris, Minuit.

Cosnier, J.,Brossard, A.(1984): La communication non verbale, Neuchâtel/Paris, Delachaux & Niestlé.

Hall, E.T. (1971): La dimension cachée, Paris, Seuil.

Hymes, D. (1984): Vers la compétence de communication, Paris, Credif-Hatier.

Bachmann, C., Lindenfeld, J., Simonin, J. (1981): Langage et communication sociale, Paris, Crédif-Hatier.

Notions-clés: contexte, situation, rôle, statuts, compétences, performance, proxémie, kinésie

 

Ethnométhodologie, analyse conversationnelle:

Références:

Sacks, A., Schegloff, E., Jefferson, G. (1978): "A simplest systematics for the organization of turn-taking in conversation", 1°édition 1974, Language 50: 696-725.

André-Larochebouvy, D. (1984): La conversation quotidienne, Paris, Didier-Crédif.

Notions-clés: principe d'alternance, tour de parole, paire adjacente, synchronisation interactionnelle (phatique, régulateur).

 

Microsociologie:

Références:

Goffman, E. (1973): La mise en scène de la vie quotidienne, Paris, Minuit.

Goffman, E. (1974): Les rites d'interaction, Paris, Minuit.

Notions-clés: face, territoire, figuration (réparation, évitement), cadre, contraintes rituelles, mise en scène, politesse.

 

Philosophie du langage:

Références:

Austin, J.L. (1970): Quand dire c'est faire, Paris, Seuil.

Searle, J.R. (1982): "Sens et expression. Etude de théorie des actes du langage, Paris, Minuit.

Grice,H.P. (1979): "Logique et conversation", Communications n°30, 57-72.

Kerbrat-Orecchioni, C.(2001): Les actes de langage dans le discours, Paris, Nathan.

Notions-clés: performativité, acte, conditions d'emploi, réussite vs échec, explicite vs implicite, direct vs indirect, interprétation, inférence, principe de coopération, maximes conversationnelles.

 

 

Linguistique de l'énonciation, Analyse du discours

Références:

Benveniste, E. (1966-1974): Problèmes de linguistique générale, 2tomes, Gallimard.

Maingueneau, D. (1996): Les termes clé de l'analyse du discours, Mémo, Seuil.

Roulet, E. (1981): "Echanges, interventions et actes de langage dans la structure de la conversation", in ELA 44: 7-39.

Peytard, J. (1995): M. Bakhtine, Dialogisme et analyse du discours, Paris, Bertrand-Lacoste.

Notions-clés: subjectivité, modalisation, polyphonie, structures d'échanges, marqueurs

 

Terminologie:

Pour des éclairages terminologiques, consultez:

- 100 fiches pour comprendre la linguistique, Bréal 1996 (G. Siouffi, D. Van Raemdonck);

- Les termes clés de l'analyse du discours, Seuil 1996 (D. Maingueneau);

- Dictionnaire d'analyse du discours, Seuil 2002 (P. Charaudeau, D. Maingueneau):

- Guide terminologique pour l'analyse des discours. Lexique des approches pragmatiques du langage, Peter Lang 2002 (Violaine de Nuchèze, J.-M.Colletta, Eds.).

Corpus conversationnel:

Conventions de transcription:

... hésitation

:   allongement d'une syllabe

/   micro-pause (pas de rupture dans l'énoncé i.e. prise de souffle)

//  interruption

*  modalité exclamative

< modalité interrogative

# modalité injonctive

' effacement d'une syllabe

soulignement: chevauchement

commentaires du transcripteur: entre parenthèses

mots en langue étrangère: en italique

capitales: accentuation.

A.L.

1. Causette

1- L.1: et i faut savoir que la valeur des jouets n'a rien à voir avec l'amusement que les enfants en tirent...

2- L.2:                                                       absolument* c'est bien vrai*

3- L1: et c'est une erreur bien souvent de de de d'ache d'acheter des jouets trop chers pasqu'au contraire hein les enf//

4- L2:                   absolument*

5- L1: les enfants s'en lassent plus plus vite... ça ça n'fait pas travailler leur imagination...

6- L2: exactement*

 

2. La poste

(une longue queue au guichet de la poste; une femme tente de s'immiscer deux places avant L1. Celle­ci lui tape sur l'épaule et dit à très haute voix)

1- L 1 : excusez-moi d' vous déranger mais la queue c'est là-bas (geste)

(la femme fait mine de s'en apercevoir et s'en va sans un mot; LI s'adresse alors à L2, juste derrière elle)

2- L1 :non mais j' vous jure ... y'en a qui s'en font pas

3- L2: ça faut l'dire...

4- L1 : non mais quand même

(le client qui occupe le guichet fait timbrer de nombreux paquets, une dizaine de lettres et discute avec le postier)

5- L1 : pis y'en a d'aut' qui s'pressent pas ... i croient qu'on a qu'ça à faire ...

6- L2: le le gars... euh l'postier i i fait c'qui peut...

7- L1: oh c'est pas lui c'est l'client * non mais quand même * i fait exprès ou quoi <

(au moment de quitter le guichet, le client se ravise et sort deux autres lettres de sa poche)

8- L1 : oh non c'est pas vrai * i fait exprès j' vous dis i' fait exprès

 

S. M.

3. Achat

1- L1 : c'est à moi ... j'voudrais deux kilos d'moules

2- L2: combien<

3- L1 : deux kilos

4- L2: c'est pas au kilo à Paris c'est des litres

5- L1 : des litres

6- L2: ouais une mesure quoi vous voyez un litre c'est ça rempli

4- A la banque

1- L1 : je dois avoir un carnet de chèques ... (présente un document de référence) je peux avoir un relevé des dix dernières opérations<

2- L2: vous n'avez pas la carte bleue<

3- LI : si mais ...

4 -L2: alors vous pouvez le faire au distributeur

5- L1 : oui mais je venais retirer le carnet alors...

6-L2: oui mais je vous signale que vous pouv//

7- L1 : oui j'le fais d'habitude mais//

8- L2: vous pouvez l'faire en sortant

9- L1 : y a la queue au distributeur

 

J.-M.C.

5 Les enfants discutent

1- Me: pas'que les maîtres et les maîtresses pour nous c'est euh c'est pa::s

2- Ju : ouais c'est pas nos parents et i' Écrit pas les mêmes euh

3- An:                                                 oui mais aussi/ mais aussi ça peut aussi faire hein pareil

4 Me: oui on est d'accord mais/ on n'est pas à l'aise avec eux

5- Ju :                                ouais/ mais/ mais on peut pas leur dire on veut pas leur dire des:

6- An:                                                                                 mais oui mais on peut (XXX) quoi

7- Ju : des secrets aux maîtres euh qu'aux: qu'aux parents

8- Me:                                                                           parents

9- An: ben ouais ... oui mais on peut:/ on peut oui mais aussi on peut dire les deux quoi 10- Me: oui mais les parents c'est mieux quoi

11- Ju : ouais

12-An:ouais 

 

6- Raph et Kev expliquent pourquoi il est important d'avoir une famille

1- Raph : parce que sinon on pourrait pas vi:vre

2- Kev : on pourrait pas vivre on pou/ (XXX)

3- Raph : on pourrait pas manger

4 Kev : on pourrait pas manger on pourrait pas boi:re/ on pourrait p'i on pourrait pas faire d'vélo

5- Raph : on n'aurait pas d'argent

6- Kev : ben ouais on n'aurait pas d'argent i pis on mourrait

 

Méthodologie rédactionnelle

Comment décrire un corpus?

Structuration très explicite avec numérotation des parties et des sous-parties, et intitulé de celles-ci.

*Premier cas

Exemple de plan correspondant à un objectif du type : dégager les caractéristiques principales des échanges (travail de synthèse) :

 

1. Contexte des échanges : description rapide (valant introduction)

On s'appuie sur les éléments indiqués dans le corpus et/ou inférables pour présenter brièvement les caractéristiques contextuelles (i.e. extra-linguistiques), telles qu'elles sont listées dans le modèle SPEAKING de Hymes

 

2. Quantification des phénomènes interactionnels

On s'appuie sur les caractéristiques conversationnelles dégagées par Sacks et alii. Si toutes les caractéristiques du modèle ne sont pas pertinentes pour la description du corpus, évidemment on sélectionne. Le principe de structuration reste le même :

2.1. le nombre et le volume des tours de parole

2.2. le système d'alternance : interruptions, chevauchements, techniques d'allocation...

2.3. le rythme des échanges: pauses, silences, ratés d'élocution, tempo ...

2.4. la dimension paraverbale des échanges : éléments de prosodie, vocalisations...

2.5. la dimension non verbale des échanges : kinésie, proxémie

etc.

3. Micro-analyse pragmatique (actes) à partir des marques linguistiques

3.1. la synchronisation (régulateurs et phatiques)

3.2. les énoncés inachevés

3.3. les reprises

3.3. les connecteurs

3.4. les modalités, la modalisation

3.5. les négations

etc.

4. Micro-analyse de la relation interlocutive et de la coopération

4.1. la gestion du consensus (actes et mode d'accomplissement)

4.2. la gestion du conflit (actes)

4.3. la notion de face

4.4. la co-énonciation

4.5. l'expression des émotions etc.

Une brève conclusion rappellera les caractéristiques essentielles du corpus; elle peut porter sur les rôles conversationnels par exemple, le traitement des points précédents ayant permis de les dégager, mais sur d'autres phénomènes paraissant particulièrement bien mis en lumière par l'analyse : implicite, indirection des actes, normes, malentendu ...

 

* Second cas

Exemple de plan correspondant à un objectif du type : analyser un phénomène particulier.

1. Contexte des échanges : description rapide (valant introduction)

On s'appuie sur les éléments indiqués dans le corpus et/ou inférables pour présenter brièvement les caractéristiques contextuelles (i.e. extra-linguistiques), telles qu'elles sont listées dans le modèle SPEAKING de Hymes.

2. Quantification des phénomènes interactionnels

On s'appuie sur les caractéristiques conversationnelles dégagées par Sacks et alii. Si toutes les caractéristiques du modèle ne sont pas pertinentes pour la description du corpus, évidemment on sélectionne. Le principe de structuration reste le même :

2.1. le nombre et le volume des tours de parole

2.2. le système d'alternance: interruptions, chevauchements, techniques d'allocation...

2.3. le rythme des échanges : pauses, silences, ratés d'élocution, tempo ...

2.4. la dimension paraverbale des échanges : éléments de prosodie, vocalisations...

2.5. la dimension non verbale des échanges: kinésie, proxémie

etc.

3. Le locuteur 1 : micro-analyse pragmatique (actes) à partir des marques linguistiques permettant de rendre compte du phénomène X

3.1. la synchronisation (régulateurs et phatiques)

3.2. les énoncés inachevés

3.3. les reprises

3.3. les connecteurs

3.4. les modalités

3.5. les négations etc.

4. Le locuteur 2 : micro-analyse pragmatique (actes) à partir des marques linguistiques permettant de rendre compte du phénomène X

4.1. la synchronisation (régulateurs et phatiques)

4.2. les énoncés inachevés                                                      

4.3. les reprises

4.3. les connecteurs

4.4. les modalités

4.5. les négations etc.

Conclusion : bilan rapide de l'interaction étudiée.

 

DOCUMENTS D'APPUI

 

1- Modèle SPEAKING

J. Gumperz et D. Hymes (1972)

 

S- Setting (cadre) : cadre physique et cadre psychologique

P- participants: toute personne présente, même les non intervenants

E- Ends (finalités) : intention (but) et résultat de l'échange

A- Acts (actes) : sujets de conversation et style du message

K- Key (tonalité) : style d'accomplissement de l'acte

I-  Instmmentalities (instruments) : canaux (oral, écrit, gestuel, look...)

N- Norms (nomes) : d'interaction et d'interprétation

G- Genres : types de genres de discours

 

2- Système d'alternance des tours

H. Sacks, E. Schegloff, G. Jefferson (1974)

1- Le changement d'interlocuteur est récurrent

2- En règle générale, une seule partie parle

3- Les occurrences de plus d'un interlocuteur sont courantes mais brèves

4 Les transitions sans silences ni chevauchements sont communes; avec les transitions caractérisées par un silence bref ou un léger chevauchement, elles constituent la très grande majorité des transitions

5- L'ordre du TP n'est pas fixé mais varie

6- La taille du TP n'est pas fixée mais varie

7-La longueur de la conversation n'est pas définie à l'avance

8- Ce que les parties disent n'est pas défini à l'avance

9- La distribution des TP n'est pas définie à l'avance

10- Le nombre des parties peut varier

11- La parole peut être continue ou discontinue

12-Des techniques d'allocation de TP sont explicitement utilisées

13- un seul mot, ou une phrase, peuvent constituer le TP

14 Il existe des mécanismes de réparation pour erreur et violation

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3. L'éthologie

J. D. De Lannoy, P. Feyereisen : L'éthologie humaine, PUF/QSJ, 1987

L'éthologie est l'étude des comportements en milieu naturel, aussi bien ceux des animaux que ceux des hommes. Dans la lignée de la théorie de l'évolution chez Darwin (naturaliste anglais du début du 19° siècle), l'éthologue considère aujourd'hui qu'il n'y a pas discontinuité entre l'animal et l'homme, ce dernier étant classé dans la catégorie des primates (thèse vigoureusement contestée alors dans les milieux conservateurs et religieux).

Dès les années 30, l'éthologie est constituée comme discipline indépendante par l'Autrichien K. Lorenz, Cf. biblio) et la consécration scientifique vient en 1973 lorsque K. Lorenz, Niko Tinbergen et Karl Von Frisch reçoivent le prix Nobel de médecine et de physiologie pour leurs travaux. L'éthologie est donc strictement européenne à ses débuts, et se démarque d'abord de la psychologie par le type d'approche des conduites analysées : l'approche du behaviorisme est expérimentale, en laboratoire, quand celle de l'éthologue se déroule dans l'environnement naturel des individus observés (cette posture caractérise aussi la pragmatique linguistique qui prélève ses données en milieu naturel). De plus, là où la psychologie behavioriste considère, dans une vision mécaniciste, qu'un stimulus extérieur à l'individu provoque une réponse chez cet individu, l'éthologie, dans une vision dite vitaliste, considère que face à un stimulus extérieur, l'individu dispose d'un répertoire de réponses possibles (la notion de répertoire linguistique de l'individu est caractéristique des approches sociolinguistiques actuelles, depuis les années 70). C'est ce répertoire que l'éthologue veut reconstituer à travers l'observation, sur la base de quatre questions fondamentales : quels sont les processus, internes et externes, qui sous-tendent un comportement ? Comment un comportement apparaît-il dans le développement d'un individu (ontogenèse) ? Quels sont les coûts et les bénéfices (les fonctions) qu'apporte ce comportement ? Quelle est la phylogenèse de ce comportement (i.e.) son évolution dans l'histoire de l'espèce considérée) ? L'observation directe est la base de toute recherche

Par exemple, face aux comportements agressifs d'un enfant, on ne va pas questionner les parents ou les éducateurs et inférer les analyses de ces entretiens, mais compter le nombre de conflits auxquels t'enfant participe dans son milieu naturel, le nombre de coups donnés ayant occasionné des pleurs ou provoqué la fuite de l'adversaire etc. L'approche est donc empirique, naturaliste, descriptive et quantitative,

Ce répertoire de comportements humains ou animaux s'appelle un éthogramme, ou liste de comportements directement observables. Un éthogramme est très difficile à établir. Premier exemple de difficulté méthodologique : combien va-t-on distinguer de sourires (le petit, le grand, le pincé, le contrit ....) ? Combien de types de regard (appuyé, discret, fixe, long, bref, en coin ...) ? Ekman, spécialiste des codes non-verbaux dans la communication humaine, a répertorié des milliers de signaux constituant les mimiques faciales. En France, l'équipe de féthologue H. Montagner (1978) a établi, par les observations d'enfants en crèche et en classe maternelle (entre 7 mois et six ans), les façons dont ceux-ci communiquent sans le recours au langage verbal, c'est-à-dire par les gestes, les mimiques et les vocalisations. Selon ces travaux, corroborés par d'autres, il existerait une première gestualité proche de l'animalité (par exemple montrer les dents), puis une seconde, quand le langage apparaît, marquée par les modèles culturels de l' environnement : la première gestualité serait universelle, la seconde culturelle. II existe actuellement de nombreuses typologies de mimiques, gestes, regards, dont se cours vous parlera, et que les linguistes pragmaticiens utilisent pour leurs transcriptions d'interactions réelles.

Second exemple de problème méthodologique : quelle est la part de la subjectivité de l'observateur dans ses observations. S'il est indéniable que l'observateur construit l'objet, l'objectivité maximale doit être garantie par l'accord entre différents observateurs, de même qu'une transcription doit être contrôlée par des tierces personnes. Dans le domaine en langue française de la description des conduites langagières intégrant les codes non verbaux, les premières publications datent des années 80 (un demi-siècle de décalage avec les premiers travaux de K. Lorenz) et sont le fait d'équipes évidemment pluridisciplinaires (ex : Cosnier/Kerbrat : cf biblio), la pluridisciplinarité ayant également toujours caractérisé l'éthologie (médecins, biologistes etc.).

Enfin les résultats des recherches en éthologie nourrissent un certain nombre de polémiques, au premier rang desquelles la question de l'universalité de certains comportements chez les humains : les comportements sont-ils identiques chez des individus de cultures différentes ? Darwin déjà écrivait au sujet des comportements expressifs : "Les mêmes états de l'esprit sont exprimés avec une uniformité remarquable de par le monde". Certains rituels de salutation, comme le sourire, ont été considérés comme tels; mais dans combien de cultures les observations ont-elles été réalisées ? A partir de quelle masse de données un résultat peut-il être considéré comme fiable et généralisable ? Les anthropologues


 

3. Agressivité

L'agressivité (K. Lorenz) manifeste la disposition à s'attaquer au congénère et non à l'ennemi; ce congénère est perçu comme un rival au double niveau du territoire et de la hiérarchie sociale. L'agressivité pouvant menacer la cohésion d'un groupe, voire entraîner sa destruction, le contrôle social (ou régulation) de l'agressivité est fort.

Dans le domaine des conduites langagières, l'agression verbale prend des formes diverses telles que l'ironie, la moquerie ou l'insulte. Certains signaux non verbaux fonctionnent comme indices d'une disposition à attaquer : regard fixe, poing levé. Mais il existe également des gestes d'apaisement, comme baisser la tête ou se tenir immobile. Au niveau verbal, les linguistes ont repéré sur des corpus les énoncés servant à réparer une offense verbale (les excuses par exemple), ou sortir d'un micro-conflit, par exemple par la recherche plus ou moins explicite d'un compromis. Les travaux de Lorenz sur l'agressivité (1967) ont été souvent critiqués parce qu'ils donnaient à penser que la violence et la guerre étaient biologiquement naturelles; les travaux récents de Frans De Wall proposent une vision différente, à partir de l'observation des conduites de réconciliation chez les primates, dont l'homme - les relations sociales se construisent sur la confrontation et se renforcent par la réconciliation (F. De Waal : 155)

11 est évident que le plus haut degré de clarté est atteint dans notre propre espèce, car nous seuls possédons le langage qui nous permet de discuter des problèmes qui nous divisent.

La description micro-linguistique des corpus permet de mettre à plat les méthodes verbales, vocales et non verbales que nous utilisons pour résoudre les conflits.

4. Expression des émotions

11 existe beaucoup de travaux autour des expressions faciales et de la notion d'émotion de base (6 : joie, peur, colère, dégoût, tristesse, surprise : indications méthodologiques). Il est difficile de les dénombrer (certains ajoutent la honte par exemple) et pour certaines de les discriminer (surprise : soit joie, soit peur); de plus, il existe des émotions composites dont la signification varie en fonction du contexte (le regard). Dans la conversation, l'expression des émotions passe majoritairement par des conduites non verbales et vocales (prosodie, kinésie), mais aussi par des énoncés ou des termes explicitant l'émotion (ravi, désolé, confus, furieux, inquiet, surpris etc.). On s'est dans ce domaine aussi beaucoup interrogé sur l'importance des déterminations, biologiques vs culturelles (Cyrulnik : 116)

Quelle que soit leur culture, quels que soient leurs modèles ou leur absence de modèle /cas des enfants non voyants) les enfants rient et pleurent de la même manière. Le sourire apparaît au même moment de la maturation neurophysiologique. 11 est déclenché par les mêmes stimuli intérieurs ou extérieurs. Mais après un certain degré de maturation neurologique et psychologique, le grand enfant réagit de la manière qui caractérise la culture de son groupe. En 1971, Douglas étudie à travers le monde les variations transculturelles du rire. il en résulte que chaque culture possède ses propres déclencheurs de rire. Et même en chronométrant la durée des éclats de rire par 24 heures, il a prouvé, chiffres en mains, que la quantité des rires variait beaucoup d'une culture à l'autre : un Londonien rit beaucoup moins qu'un Bochiman.

Et de conclure (150)

Pour un éthologue, c'est mal poser le problème que de le poser en terme de disjonction entre la nature et la culture. L'un sans l'autre ne peuvent fonctionner.

Les rires sont évidemment transcrits sur les corpus des pragmaticiens; on cherche à montrer les effets de l'expression des affects dans la régulation des échanges : effets sur l'interlocuteur par exemple, et fonction dans l'accomplissement des actes de langage. En cela, l'expression des émotions remplit une fonction adaptative : adaptation à autrui (rire contagieux), adaptation à la situation (rire vs faire la tête) et disposition à l'action (on dit que le rieur met de son côté les membres du groupe).

L'éthologie fournit donc à la pragmatique linguistique une multitude de travaux descriptifs sur les dimensions vocales et non verbales de la communication, ce qu'un linguiste ne saurait négliger puisque la moitié de nos échanges quotidiens au moins est constituée par des signaux de ce type. Quant à l'approche comparative, ou interculturelle, elle s'impose aujourd'hui dans toute formation en sciences humaines.

Repères pour observer/décrire

une situation didactique

Décrire un contexte SPEAKING (D.Hymes) Décrire une situation didactique

Setting (cadre)

Lieu: aménagement de l'espace (dessin)

Horaire (intensif-extensif)

Situation exolingue/endolingue

Climat général

Participants (participants)

Langue-source/langue cible

Langue proche/langue éloignée

Statut

Rôles conversationnels

Ends (finalités)

Buts, objectifs, intentions

Attentes et ajustements réciproques

Objectifs atteints-manqués

Acts (Thèmes)

Activités (quatre compétences)

Matériel didactique

Supports autres

Modalités de l'action didactique

Key (tonalité)

Socio-affectivité (coopération)

Dimension interculturelle

Facteurs anxiogènes

Modalités de l'évaluation

Instrumentalities (canaux)

Multimodalité

Unilingue-bilingue-plurilingue

Alternance codique (code-switching)

Norms (normes)

Normes linguistiques (interlangue)

Normes comportementales

Contrat didactique

Genre (genre)

Types de discours (de texte)

Parole spontanée-préparée-simulée

Parole centralisée-décentralisée

Oral monogéré/polygéré

 

Approche quantitative du corpus

Phénomènes quantifiables par intervenant Enseignant Apprenant x

Nombre de tours de parole

 

 

Volume moyen des intervention (en mots)

 

 

Réseaux: dyades préférentielles

 

 

Pauses:

- oralisées

- silencieuses

 

 

Chevauchements:

- vol de tour

- co-énonciation

 

 

Synchronisation:

- signaux régulateurs

- signaux phatiques

 

 

Multimodalité:

- posture-mimo-gestualité

- déplacements

- apparence

 

 

Paraverbal:

- prosodie

- vocalisations

 

 

Structuration:

- MSC (Marqueur de structuration de la communication)

- connecteurs logiques

 

 

Reprises:

- répétitions

- reformulations

 

 

Interlangue:

- syntaxe

- lexique

- alternance codique

- correction phonétique

- marques énonciatives

 

 

 

Approche qualitative du corpus

1- L'enseignant.

1- Le contôle de la parole:

Indicateurs: nombre de tours, volume, degré de centralisation des échanges.

2- Le contrôle de la situation

Indicateurs: actes d'annonce, planification, consigne, rappel à l'ordre

3- Le contrôle des acquisitions

- évaluation positive directe

- évaluation positive indirecte

- évaluation négative indirecte

- évaluation négative directe

- absence d'évaluation

4- Le contrôle de la progression

* Le questionnement:

- fausses et vraies questions

- questions fermées vs ouvertes

- questions simples vs complexes

- question-directive

- question-consigne

- question-relance

* L'assertion (modalisation des interventions)

* L'injonction

5- Le contrôle de la langue et du langage

Indicateur: activité métalinguistique, activité méta-interactionnelle

6- Le contrôle de la cohésion interactionnelle

Indicateurs: reprises et reformulations

Approche qualitative du corpus

2- L'apprenant.

1- Taux de participation (parleur)

2- Qualité de l'écoute (non parleur)

3- Type d'activité langagière (Enseignant/Apprenant):

- régule

- répond

- commente

- propose

- impose

- sort de l'activité

4- Type d'engagement interactionnel (Apprenant/Apprenant)

- sollicite

- contrait

- argumente

- critique

- exprime son accord

- réfute

- parle de soi

- apporte/demande de l'aide

5- Type d'investissement dans la langue-culture

- donne-demande des informations

- évalue des énoncés en français

- compare des langues-cultures

6- Type de cognition

- passer par une autre langue

- recourir au dictionnaire, à la gestualité, au dessin, aux notes...

- expliciter ses propres procédures d'apprentissage

- porter des jugements sur l'apprentissage

 

Corpus FLE

Groupe de 14 étudiants de niveau intermédiaire (CUEF) > huit présents le jour de l'observation.

Objectif de la séance : expression orale, en groupe entier sans préparation préalable. Thème les représentations des uns sur les pays des autres.

Observateurs de la maîtrise FLE (transcription: C. Monod)

Intervenants:

E -enseignant (natif, homme)

Cl- Chinois (Chen)

C2-Chinois (Jia)

C3- Chinoise (Xieng Peng)

Ja- Jamaïcaine

J- Japonaise (Yuko)

H- Hollandais (Jordan)

S- Suédoise (Elizabeth)

G- Groupe

Légende:

// interruption de parole

: allongement

/ micro-pause

... pause correspondant à une hésitation

chevauchement

Caractères gras : accentuation phonique

` modalité interrogative

* modalité exclamative

(commentaires du transcripteur)

 

1-E- donc c'est l'ping pong pour les japonais/ la Suède' quand tu penses à la Suède yuko'

2-J- hum ... en hiver il y a très ... très froid et beaucoup de neige

3-E ça c'est la Suède'

4-J- oui

5-E- hum hum ... Jordan'

6-H- (rit) ... euh la neige ... et ... les belles femmes

7-G- (rires)

8-H- hum c'est ça aussi (rit)

9-E- voilà/ c'est un grand jour Elizabeth*

10-G- (rires)

11-C3- et et c'est euh sécurité sociale c'est ... mieux (l'enseignant écrit au tableau « sécurité sociale »)

12-J- quelqu'un m'a dit que ... qu'en suédois c'est euh... sou ... le plus riche... dans le monde entier

13-C3- euh c'est France

14-C2-euh plus riche

15-J-c'est le plus ... c'est le peuple qui est plus riche ... plus ...//

16-E- tu veux parler

17-S- il v a pas longtemps ... peut-être :::sept ans

18-E- il y a sept ans

19-J- il y a sept ans

20-S- oui

21-E- vous étiez le plus riche du monde'

22-S- oui ... oh mais ça dépend ce que l'on calcule...

23-J- le PNB (elle regarde Elizabeth)

24S- oui/ il faut calculer le PNB

25-E- maintenant c'est qui' (regarde Elizabeth)

26-S- je crois que ce sont les Japonais maintenant'

27-G- (rires)

28-S- par contre je sais que la Norvège est plus riche que la Suède

29-E- les norvégiens sont plus riches que les Suédois' ah oui / d'accord*d'accord*

30-S- oui oui oui

31-E- alors le niveau de vie est extrêmement élevé en Suède hein*

 

Groupe de 12 étudiants de niveau intermédiaire, en majorité des Asiatiques (CUEF) ; 9 présents le jour de l'observation.

Objectif de la séance : grammaire. L'enseignante a d'abord écrit au tableau les questions qui avaient été posées aux étudiants le jour de leur arrivée en France ; ils vont ensuite passer au récit (style indirect au passé ; révision).

Observateurs de la maîtrise FLE (transcription: S. Mhinat)

Intervenants

E- enseignante (native, femme)

A1-Chinoise

A2- Japonaise

A3-Chinoise

A4-Vietnamien

G- Groupe

 

Légende:

// interruption de parole allongement

/ micro-pause

... pause correspondant à une hésitation chevauchement

Caractères gras: accentuation phonique

` modalité interrogative

* modalité exclamative (commentaires du transcripteur)

 

1-E- (lit les questions écrites au tableau) est-ce que vous êtes' / est-ce que vous parlez'/ d'où venez-vous' / quelle est votre nationalité' / mais aujourd'hui je raconte ... d'accord' je raconte... et je dis / style indirect / comment est-ce que je vais dire' on m'a demandé* qu'est­ce qu'on m'a demandé' vous avez une idée' (geste de la main pour inciter à la parole)

2-A2- euh ... oui on m'a demandé si...

3-E- alors* on m'a demandé si...

4-A1-si je parle

5-E- si je'...

6-A2- parlais

7-E- parlais

8-A 1- anglais

9-E- anglais (écrit l'énoncé au tableau) qu'est-ce qui s'est passé' qu'est-ce qui s'est passé'

10-A2-le verbe change

11-E- oui oui le verbe change

12- A1- euh ... le verbe change/ parlez devient euh parlais euh à l'imparfait

13-E- oui* et c'est toujours comme ça'

14-Al- euh ... non

15-E- non' ah bon' c'est pas toujours comme ça' (elle rit)

16-G- (rires)

17-E- (montre la colonne de gauche au tableau) ça c'est le style direct

18-Al-oui/ le verbe est direct

19-E- le verbe est direct / le verbe est au présent / d'accord' c'est une question / et au style indirect le verbe est au'

20-A3- au passé

21-E- oui* il y a autre chose qui a changé'

22-A2- oui/ le vous devient je

23-E- il y a encore autre chose qui a changé'

24A2- le si apparaît

25-E- oui mais ça / on l'a déjà vu ça / quand on pose une question au style indirect est-ce que devient si / est-ce que vous parlez anglais ` on m'a demandé si ...qui me fait la deuxième phrase' on m'a demandé... `

26-A3- on m'a demandé où / d'où je venais

27-E- on m'a demandé'

28-A3-on m'a demandé d'où je venais

29-E- on m'a demandé d'où je venais (elle écrit la phrase au tableau) qu'est-ce qui a'//

30-A3- le verbe

31-E- le temps a changé oui

32-A3- le sujet

33-E- oui/le sujet et l'ordre / c'est un sujet inversé (montre au tableau) on a une inversion du sujet/ d'accord' c'est bien*

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Annexe:

Prérequis:

Tableau synoptique
Domaines Européens   Anglo-saxon Domaines

Linguistique

Objet: la langue

Saussure (+1913)

C.L.G. (1916: Bailly)

Sémiologie

Peirce (+ 1914)

Sémiotique

w.James (+1910)

Philosophie

Logique

Psychologie

Rhétorique

Objet: la parole

(Bakhtine 1929

interaction, dialogisme)

Perelman (1950)

Nouvelle rhétorique

Wittgenstein (1936)

Morris (1938)

Frege, Russel, Carnap...

"Jeux de langage"

Pragmatique

Courant logisciste

Énonciation

Objet: le discours

Jakobson (1960)

Benveniste (1966)

Ducrot, Anscombre (75)

Pragmatique intégrée

Austin (62), Searle (68)

Grice (75)

Vanderveken (88)

Philosophie du

langage

Pragmatique

illocutoire

Analyse du discours

 

- textes

- conversations

- interactions

 

 

Sociolinguistique

Sociol. du langage

 

 

Pragmatique cognitive

(dite inférentielle)

 

 

Pragmatique linguistique

Pêcheux... (70)

Maingueneau... (80)

Adam... (ling. textuelle)

Roulet... (École Genève)

Moirand (Cediscor)

 

 

L.J. Calvet...

P. Bourdieu, P. Achard...

 

 

Sperber, Wilson (1990)

théorie de la pertinence

Moeschler...

 

 

Kerbrat-Orecchioni

Cosnier... (étholofie)

courant interactionniste

(Z.S. Harris: 1952)

Sapir-Whorf

G.H. Mead, G. Bateson...

 

K.Lorenz, N. Tinbergen

 

 

Gumperz, Hymes (1964)

Labov, Bernstein...

Garfinkel (1967)

 

 

Sacks, Schegloff...

Goffman,

 

 

Ch. Osgoof

Th. Sebeok (1954)

 

Watzlawick... (Palo-Alto)

Le "collège invisible"

(Année 70-80)

(Syntaxe)

Anthropologie

Interactionnisme

symbolique

Ethologie

 

 

Sociolinguistique.

Ethnographie com°

variationnisme

Ethnométhodologie

 

Anal. conversaionnelle

Micro-sociologie

 

 

Psycholinguistique.

Sciences cognitives

 

 

Nouvelle communication

     

Pour toute information complémentaire, contacter Madame De NUCHEZE Violaine (Grenoble 3) 

 
 

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