TEXTES SUPPORTS (suite)  

 

J’ai exposé et défendu, parfois avec passion, les méthodes qui me semblent les meilleures pour l’enseignement du français. Qu’on ne s’abuse pas pourtant sur mes sentiments profonds. Je crois aux méthodes plus qu’aux programmes et aux systèmes, mais plus qu’aux méthodes, je crois à la bonne volonté, à la générosité naturelle, à la sympathie pour la jeunesse. Voilà les seules vertus irremplaçables. J’ai vu des professeurs dont la technique était sans reproche et dont la classe dormait. J’en ai vu d’autres qui semblaient prendre plaisir à faire le contraire de ce qui me paraissait raisonnable, et dont je suis le premier à reconnaître qu’ils intéressaient leurs élèves et leur rendaient de grands services. Non que je sois sceptique en matière de pédagogie ; c’est un métier de faire la classe comme faire une pendule, il n’en est pas moins vrai qu’ici le tempérament, la foi, le goût d’enseigner comptent  plus que tout le reste. La vertu maîtresse du professeur, c’est la jeunesse, laquelle, comme on le sait est à peu près indépendante de l’âge.

               

Je crois que la nature de l’enfant a ses lois mystérieuses auxquelles la sympathie, l’intuition d’un bon professeur s’adaptent d’elles-mêmes et que le théoricien, dans ses déductions, risque de méconnaître. Mais l’action pédagogique ne peut être efficace sans un perpétuel effort de renouvellement. Que de fois, dans mes « tournées », m’arrive-t-il de dire à des professeurs : « Rajeunissez avec vos élèves. Quand vous êtes en face d’un texte. L’eussiez-vous expliqué cent fois, que cette cent unième explication soit encore la première. Abordez-le avec des forces fraîches et des yeux neufs. Il dépend de vous d’y découvrir, à chaque lecture, des intentions et des finesses que vous n’y avez pas encore soupçonnées. »

 

Redoutables exigences d’un métier difficile entre tous : en contraignant le maître à la répétition, il tend à le transformer en machine. Et d’autre part, un enseignant qui cesse d’être spontané perd aussitôt toute vertu. Je pense à ces professeurs qui, après avoir passé leur vie à faire réciter à des générations d’enfants, très semblables les uns aux autres, les conjugaisons et les règles du participe passé, ont su garder la cordialité de la voix, le pétillement du regard, la bonté du sourire et tous les signes de la jeunesse. Ces professeurs ont droit à beaucoup d’admiration et de respect.

                                                                 

Pierre CLARAC

L’enseignement du français, P.U.F., 1963, p.148-149

 

 
 

Le zapping

Je tiens l'appareil à zapper, la télécommande, pour l'une de ces inventions qui ont modifié, non seulement notre comportement devant et avec la télévision, mais, assez profondément, nos manières, notre psyché.
Le zapping - pitonnage, en québécois - c'est d'abord, qui ne l'a constaté ? Le don d'ubiquité. Il suffit d'appuyer avec son pouce sur des boutons pour passer d'un western à une émission politique, d'un match de rugby en Nouvelle-Zélande à un clip de rock, à un téléfilm ou à un jeu en France ou ailleurs. On est partout en même temps ou presque, on fonce d'un lieu à un autre, on saute d'une histoire à une autre, on rompt un discours pour en attraper un autre, on se soustrait brutalement à une logique, â une cohérence, pour avec tout autant de violence, s'insérer dans une autre logique que nous abandonnerons peut-être dans l'instant, ne serait-ce que parce que nous ne les comprenons pas, pour voler vers d'autres images, supposées attractives, que nous choisirons de regarder ou de rejeter sur des réflexes, des humeurs, des pulsions. Vieux rêve de l'homme, la conquête de l'ubiquité repose dans un petit boîtier à portée de la main. Les enfants s'en servent sans retenue. Il leur paraît tout à fait naturel d'être des ubiquistes.
Le miracle d'être ici et là en même temps est apparu avec la première chaîne de télévision puisque, à la réalité des images datées et localisées qu'elle diffusait, s'ajoutait, on aurait tendance à l'oublier, la réalité de l'endroit où était installé le poste. Avec la multiplication des chaînes, on a pu passer d'un spectacle à un autre, donc d'un lieu à un autre, et, si l'on éteignait le poste, c'était encore choisir un lieu, celui où la télévision n'était plus qu'un meuble parmi d'autres. Mais tant qu'il fallait se lever pour changer la chaîne, tant qu'il fallait se déplacer, faire un effort, prendre l'initiative de se déranger, il n'y avait pas ubiquité. Celle-ci est fondée sur la rapidité de décision et l'intervention dans le confort. Bien installé dans un fauteuil, un doigt sur un bouton, l'ubiquiste zappe à volonté, à son rythme. Il est omniprésent. (...)
Malheureusement, à vouloir être partout le zappeur n'est plus nulle; part. Pour lui plus de spectacle en continu, mais une succession de fragments. Il ne regarde plus, il sonde. Il ne s'installe plus, il saute. A la durée il préfère le va-et-vient; à la fidélité le vagabondage; à la connaissance les flashes. Ne voulant rien rater, il est de toutes les histoires et de tous les discours, mais sans y entrer vraiment, de sorte qu'il manque l'essentiel. Le papillon ne passe pas pour un esprit sûr et profond. L'omniprésence du zappeur se paie d'une culture émiettée, parcellaire, au hasard du pouce.. Le monde ne se révèle plus à lui qu'en pointillés. Il fabrique chaque soir des puzzles dont il ne pourra jamais ordonner les pièces. Plus il appuie fréquemment sur la miraculeuse télécommande, plus il aspire à être le voyeur le toutes les réalités, et plus il décroche de la réalité, le zapping fabrique des esbroufeurs impatients...
 
                                                  Bernard PIVOT.
                                                  In. Le métier de lire.  Ed,Gallimard. Paris. 1990
 

 
Irrationnel et société.
La crise économique actuelle, par sa brutalité, provoque çà et là des effets de panique et d'égarement. Dans  des sociétés en principe dominées par la rationalité, quand celle-ci patine ou se disloque, les citoyens sont tentés de recourir à des formes de pensée pré rationaliste, ils renouent avec la superstition, l'ésotérisme, le charlatanisme, et acceptent de croire aux baguettes magiques capables de transformer le plomb en or, et les crapauds en princes. (... )
De plus en plus de citoyens qui se sentent menacés par une modernisation technologique brutale et forcée éprouvent des rancoeurs antimodernistes. Et on constate que l'actuelle rationalité économique méprisante pour l'homme favorise la montée d'un irrationalisme social. Devant tant de bouleversements incompréhensibles et tant de menaces, de nombreuses personnes croient à une éclipse de la raison. Et sont souvent tentées par la fuite dans une image du monde irrationnelle. Beaucoup de personnes se tournent vers les paradis artificiels de la drogue, de l'alcool, ou vers les parasciences et les pratiques occultistes. (...)
Traumatisés par la complexité de la crise, appauvris, déboussolés, les citoyens abandonnent leur volonté, leur libre arbitre, leur confiance dans les démarches  rationnelles, et peu à peu, se laissent gagner par l'obscurantisme et le culte du chef.(...)
On se remet à espérer en la providence et , littéralement, à croire aux miracles. On croit encore plus fortement aux vieux mythes païens du destin, de la fortune; et trois mille ans après les Chaldéens, on invoque le pouvoir des astres.
Tout en sachant ces croyances incompatibles avec l'esprit scientifique, les citoyens intimidés par les risques des temps nouveaux, adhèrent à leur raisonnement parfaitement illogique et à l'abracadabrantes superstitions. lis défient, ainsi sans se l'avouer, les critères d'une rationalité technologico-scientifique qui ne répond pas toujours à leurs hantises immédiates (chômage, sida, "vache folle ",cancer, solitude, insécurité, etc. )
Dans les sociétés néolibérales ayant érigé en emblème le slogan "Que le meilleur gagne!", chacun cherche à se prouver, au delà de ses capacités objectives, qu'il peut être un gagnant, un battant. Et cela au moyen des jeux de hasard.
Le hasard prend ainsi la place du sacré. Ainsi se prolifèrent toutes sortes de loteries. Et on assiste à l'explosion proprement délirante des jeux - concours. (Roue de la Fortune et autres). La déraison se nourrit d'ignorance et de crédulité, de mythes et de passions, de foi et de frayeurs. Ce sont les nourritures de toute superstition, de tout fanatisme. Et le traumatisme économique que subissent actuellement certaines sociétés risque de transformer ces nourritures en élixirs. Pour une nouvelle barbarie.
Le Nazisme s'était enraciné dans une Allemagne en désarroi, il a dû profiler de l'impact de la dépression économique, de la mutation convulsive du capitalisme et du traumatisme national.
C'est l'explosif mélange auquel tant de sociétés sont de nouveau confrontées.
 
                                                                     Extrait du Monde Diplomatique. Sept.97.P.28.
                                                                     D'après Ignacio Ramonet
                                                                     In. Géopolitique du chaos.
                                                                     Ed. Galilée, coll "Espace critique". Paris 1997.
 
 
LES TREMBLEMENTS DE TERRE
      Les tremblements de terre sont très fréquents . Chaque année sur la Terre il se produit en moyenne un million de séismes soit environ deux par minute. Certains sont violents et peuvent avoir des conséquences dramatiques. Beaucoup sont bénins mais seulement perçus par des appareils d'enregistrement très perfectionnés. Tous cependant! sont des manifestations brutales de l'activité du globe.
      Un tremblement de terre est caractérisé par des secousses plus ou moins violentes dont la durée ne dépasse pas quelques secondes ou quelques minutes. Les secousses violentes peuvent avoir pour conséquences non seulement la destruction de constructions mais aussi la déformation de voies de chemin de fer, l'apparition de fractures dans le sol ... En quelques secondes, des paysages peuvent être modifiés.
      Lorsque les secousses se produisent sous la mer ou le long des côtes, elles se propagent dans l'eau et provoquent des raz de marée. Les vagues peuvent atteindre une hauteur de plusieurs dizaines de mètres.
     Tous les séismes ont pour origine une rupture brutale de roches se produisant à un endroit situé entre 1 et 700 kilomètres de profondeur appelé foyer du séisme(donc assez superficiellement par rapport au noyau de la terre). La rupture brutale donne naissance à des vibrations : les ondes sismiques. Celles-ci se propagent sous forme de sphères concentriques comparables aux rides qui naissent à la surface de l'eau quand on jette un caillou. Le temps mis par les ondes pour arriver à la surface est d'autant plus court que la distance parcourue est plus petite.
    On peut mesurer la magnitude d'un séisme, c'est-à-dire son intensité, en évaluant les dégâts causés aux habitations humaines. L'échelle la plus récente dite M.S.K. (Medvedev, Spoenheur et Karnik) comporte 12 degrés parmi lesquels nous ne retiendrons que les plus significatifs
-Degré 1:secousse non perçue par les hommes et seulement enregistrée par les sismographes.
-Degré 2 :secousse ressentie par quelques personnes, surtout aux étages supérieurs des immeubles.
-Degré 5 :beaucoup de dormeurs s'éveillent ; les lustres se balancent fortement.
-Degré 8 :écroulement des constructions traditionnelles. Beaucoup de dégâts dans les maisons en briques, préfabriquées ou en bois sur semelles de briques.
-Degré 9 :écroulement partiel des maisons à armatures en béton, fissures dans le sol pouvant atteindre le mètre, ruptures de routes, voies ferrées, barrages...
-Degré 12 :bouleversement total de la surface du sol ; toutes les constructions humaines sont détruites.
                                               D'après: Livre de GEOLOGIE- BIOLOGIE 4° Bordas
 
 
Les vrais avantages du courrier électronique.
Un e-mail, ce n'est ni une lettre, ni un fax, ni un coup de  téléphone: 
c'est une nouvelle manière de communiquer.
 
            Beaucoup plus rapide que  le  courrier  ordinaire (la transmission  d'un message  est généralement instantanée), beaucoup moins cher que le téléphone,  facile à utiliser, le  courrier électronique possède des qualités propres qui font de lui un moyen de communication original:
1. Il est  possible  d'envoyer  le même  message  à plusieurs  personnes, ce  qui permet  de mener une discussion de groupe, avec toutes les personnes impliquées dans un même projet ou intéressées par le même projet.
2. Contrairement au fax, le courrier électronique  permet  de modifier un document transmis: il suffit de copier-coller le contenu d'un message pour l'éditer simplement.
3.  Les messages envoyés et reçus s'archivent automatiquement sur votre ordinateur, et il est facile de retrouver en quelques secondes n'importe quel document important ayant fait l'objet d'un échange par e-mail.
4.  Avec la possibilité  d'envoyer des  fichiers  attachés, le e-mail ne se limite pas au texte du message, mais peut permettre  d'échanger des  tableaux  de chiffres, des images, des graphiques, et même de la vidéo.
5.  Lorsqu'on doit  échanger  des informations  avec un pays  étranger, plus besoin de jongler avec les horaires de  bureau  pour être  joignable  malgré  le décalage  horaire: chacun trouve le matin, dans sa boîte aux lettres, les réponses à ses messages de la veille.
6.  Le  ton  convivial et  direct  adopté  généralement  pour une  communication électronique est d'une grande efficacité.  Pas  de perte  de temps, de formules rituelles ou d'entrée en matière obligée: il suffit d'aller simplement et directement au sujet traité.
Bref: essayer le courrier électronique,  c'est l'adopter. Le e-mail est  d'ailleurs  l'application la plus utilisée  du  réseau.  De  nombreux  internautes  ne vont  que  rarement "surfer sur le Web",  mais relèvent quotidiennement leur boîte aux lettres.
                               L'Internet en 1heure, hors-série, février/mars1999.
 
 

Pour et contre le nucléaire

         L’utilisation de l’énergie nucléaire pour la production d’électricité donne lieu à de longues controverses (discussions) entre les partisans du nucléaire et ses opposants.

Ses partisans soutiennent que l’électricité produite par des réacteurs nucléaires revient moins chère que celle des centrales alimentées au charbon, au pétrole ou au gaz. Ils pensent que cette alternative est venue à point pour remplacer ces énergies qui font défaut. L’énergie nucléaire, ajoutent ses défenseurs, trouve, en outre, de nombreuses applications avantageuses dans l’industrie, la médecine et l’agriculture. Ils affirment qu’elle est indispensable au progrès et à l’indépendance énergétique. Aussi, qualifient-ils de réactionnaires leurs détracteurs. Car refuser le nucléaire, estiment-ils, c’est refuser le progrès et la modernité.
           Par ailleurs, les «pro nucléaires» partagent l’argument selon lequel : l’énergie nucléaire est une arme de dissuasion qui permettra peut-être d’éviter une troisième guerre mondiale.
 
Pourtant, rétorquent leurs adversaires, cette énergie n’est pas sans danger. Le nucléaire, répliquent-ils, comporte beaucoup plus d’inconvénients que d’avantages. Ses risques de radioactivité sont inévitables en cas d’accident nucléaire, parce que c’est une technique qui demeure insuffisamment maîtrisée. L’accident de Tchernobyl en est une preuve édifiante.  Le nucléaire reste donc très dangereux pour toute vie humaine, animale et végétale, puisque, insistent-ils, jusqu’à maintenant, les scientifiques n’ont pas trouvé le moyen le plus sûr d’éliminer les centaines de tonnes de déchets atomiques des quelques réacteurs en service. Dans certaines régions, ces déchets ont provoqué de véritables désastres écologiques. Les opposants réfutent également la thèse économique. Selon eux, les installations nucléaires sont beaucoup plus coûteuses. Enfin, ils contestent le prétendu pouvoir de dissuasion de l’arme atomique. Ils jugent, au contraire, irresponsable qu’un individu (chef d’Etat) puisse avoir le pouvoir de décider de la vie de millions d’êtres humains. La tragédie d’Hiroshima, cinquante ans après, continue d’avoir des conséquences douloureuses sur les habitants de cette ville martyre. Il devient plus grave encore lorsque, dans quelques années, la fabrication d’une bombe atomique sera à la portée d’un scientifique moyen. Ce qui multipliera davantage les risques quand on imagine ce que pourrait en faire un groupe de terroristes.
C’est pour ces raisons que les «antinucléaires» sont résolument convaincus de la nécessité de renoncer à cette énergie mortelle.
 
"Certes, l’énergie nucléaire ouvre des perspectives intéressantes de recherches scientifiques,  mais  le danger permanent qu’elle pèse sur l’humanité est énorme.
Il existe, néanmoins, d’autres sources d’énergie qu’il faudrait, peut-être, mieux explorer; telle l’énergie solaire qui ne comporte aucune menace contre l’homme et son environnement."
In. Revue DIALECTIQUE DU MONDE.
N° 5072.PARIS. OCT. 1997
 

 
L'automobile
L'automobile a pris dans le monde du XXe siècle une place privilégiée. C'est l'objet roi ; On voit en clic l'invention qui a le plus bouleversé notre monde. C'est une véritable religion moderne qui a ses
fervents, ses adorateurs, ses circuits, son langage, ses lois. Elle inspire aussi toute une littérature et occupe une place de choix dans les filins. Mais que nous apporte-t-elle ?...
Essayons de voir d'abord, dans un plaidoyer objectif, les avantages de cette invention. Elle a d'abord apporté un élément d'aventure dans notre vie ; avec elle on part vers l'inconnu, dans une entreprise que l'on sait comporter des risques. Elle sert aussi le désir du jeu, depuis les compétitions qui drainent vers le Mans ou Monaco des milliers de fanatiques, jusqu'au triomphe de celui qui annonce qu'il a augmenté sa moyenne horaire. De plus, elle fait connaître à beaucoup de conducteurs la joie de la vitesse. Enfin et peut-être surtout, elle nous donne une liberté irremplaçable : voyages entrepris quand on le souhaite, possibilité de s'arrêter, de visiter quand on le veut... La voiture est donc assimilée à un animal docile, elle nous sert, on lui parle, on l'entretient, moderne coursier d'une époque où la machine a remplacé la bête.
Cependant, il faut bien reconnaître que cette invention a de très nombreux inconvénients : le goût du gaspillage, le développement de la paresse, de l'égoïsme et de l'agressivité. Elle dégrade la vie urbaine et devient la pire des contraintes. Enfin et surtout, les hommes se conduisent avec leur voiture comme avec un jouet, mais en fait c'est leur vie et celle des autres qu'ils jouent souvent, par inconscience et imprudence. Elle se transforme alors en un engin de mort. La voiture automobile a donc fait perdre à beaucoup d'hommes la notion des valeurs essentielles, dignité, respect d'autrui, dès qu'ils s'installent derrière un volant.
En définitive, tout ce que l'automobile apporte de confort, de liberté, de rêve, ne va-t-il pas s'effacer devant le pouvoir de destruction qui s'affirme de jour en jour à mesure que l'on va vers une saturation ?
L'homme, comme pour toute forme de progrès, sera-t-il assez raisonnable pour utiliser avec intelligence ce moyen de locomotion, ou finira-t-il par devenir son esclave ?
                                                                      Revue « Progrès et Croissance »
 
 
Pour et contre le progrès
 
Personne, assurément, ne songe à nier de nos jours, les bienfaits que le progrès de la science et de la technique a provoqués. En effet, les connaissances se sont étendues bien au delà de ce que l'on aurait osé naguère encore rêver: l'économie a pris un essor vertigineux; les conditions de vie se sont considérablement améliorées; bien des souffrances peuvent à présent être soulagées et bien des maladies guéries; la mort elle ­même a, en quelque sorte, reculé.
Cependant on ne croit plus à présent que la science est capable de tout expliquer ou qu'elle puisse, par elle même assurer, d'une façon générale le bonheur des hommes. D'autre part, on fait aussi remarquer que ses bienfaits ne servent pas tous et qu'ils n'existent tout compte fait, que pour une minorité de gens, groupés à peu prés uniquement dans les pays "développés" d'Europe et d'Amérique. Enfin, certains critiques vont plus loin encore. La science d'après eux , entraînerait plus de méfaits que de bienfaits et les arguments qu'ils invoquent ne laissent pas d'être impressionnants: les effets terrifiants des armes scientifiques les plus récentes et le risque de destruction qu'elles font peser sur l'humanité; l'ampleur des pollutions résultant du développement technique et les dommages irréversibles qu'elles infligent à l'environnement; le rythme inhumain imposé à la vie dans le cadre de la "société de consommation" dont l'avènement est lié à l'essor de l'économie et donc au progrès scientifique.
La seule réponse que nous pouvons faire à des accusations aussi graves est évidemment, que la science ne doit pas être tenue pour responsable de toutes les conséquences qu'on en tire. Elle n'est qu'un instrument. Son utilité ou sa nocivité dépendent en réalité de l'homme lui-même, des buts qu'il lui propose, de l'usage qu'il en fait.
              Extrait de la revue : L'HISTOIRE contemporaine. Ed. Hachette.
 

						
 
Pour une anthologie de la paix.
          Débarrasser nos manuels scolaires de tout jugement tendancieux à l'égard de l'étranger, les purger de toute partialité et de toute agressivité, bannir de nos livres de classe tout ce qui peut directement ou indirectement justifier un sentiment de primauté et de fatuité chauvine, sur quelque plan que ce soit - matériel, intellectuel ou moral - soustraire les jeunes esprits aux malsains conditionnements qui engendrent l'incompréhension, le mépris et la haine, persuader l'enfant qu'aucun pays ne vaut mieux qu'un autre, qu'aucune race n'est supérieure à une autre, qu'aucune patrie ne s'est, au cours des âges, plus noblement et droitement conduite qu'une autre. Voilà assurément une belle entreprise et qui peut à prime abord, sembler assez chimérique car on n'imagine guère, dans l'état présent des choses, qu'un gouvernement, quel qu'il soit, donne son consentement à une pédagogie " dénationalisée déchauvinisée " et partant, si contraire à une tradition séculaire.
          Mais il est permis de rêver puisque, aussi bien, de toute façon, on nous traite de rêveurs...
          Nous rêverons donc de cette école insolite où l'on enseignerait la tolérance, la fraternité et le respect de la vie, où l'on enseignerait aux écoliers l'horreur et le mépris de tous les conquérants, qu'ils s'appellent Hitler ou Napoléon.
           En cette école idéale, on ferait lire aux enfants l'admirable lettre que Fénelon osait écrire à Louis XIV et où il flétrissait les suites funestes de l'affreuse guerre de Hollande "Tant de sang versé, tant de provinces saccagées, tant de villes et de villages réduits en cendre..." On leur montrerait dans le détail de quoi est fait orgueil, cynisme, fourberie, inhumanité. On leur expliquerait la belle phrase d'Alfred de Vigny: " Rien n'est aussi rare qu'un honnête homme illustre." On leur ferait apprendre par coeur quelques vers de Lamartine, tirés de la "Marseillaise de la paix": "Je suis concitoyen de tout homme qui pense, la vérité, c'est mon pays." On commenterait avec eux un texte d' Emile Zola où l'auteur de La Débâcle oppose la malfaisance des aventures guerrières aux bienfaits de la création intellectuelle, la stérilité du sang à la fécondité de l'encre.
          Quel beau livre de "Morceaux choisis" on pourrait faire à l'usage des jeunes "Citoyens du Monde": Kant y voisinerait avec Averroès, Jaurès avec Romain Rolland; Alain avec Giraudoux, Camus avec le Dr. Schweitzer, Gibran Khalil Gibran avec Brassens.
        Cette anthologie de la paix, ce petit volume, destiné à déshonorer la guerre dans les jeunes consciences, j'aurais plaisir à le composer.
 
                                                                                     D’après Jean ROSTAND
                                                                                     In Quelques discours 1964-1968.
                                                                                     Ed. Club. Humaniste. Paris 1970
 
 
La violence.
    C'est un grand sujet de réflexion que l'existence de la violence en notre monde. La violence est d'abord, avant tout raisonnement, une évidence de l'observation qui la perçoit comme une donnée immédiate et une composante fondamentale de la réalité contemporaine. Elle ne date pas d'aujourd'hui et on n'aura pas la naïveté de croire que la chose est absolument neuve. La violence est de tous les temps, peut-être aussi vieille que l'humanité elle ­même: elle se trouve dans toutes les sociétés. Si elle est aussi ancienne, elle est aujourd'hui plus massive que jamais et la question se pose de savoir si ce changement d'échelle n'en modifie pas substantiellement la nature et n'entraîne pas un changement de la condition humaine.
     La violence est partout: dans les relations interpersonnelles, dans les familles divisées, les couples déchirés, les conflits entre les pères et les fils; elle s'étale dans les relations du travail et la lutte des classe la société politique et davantage encore dans les relations entre les états et les peuples. Violence encore que la torture! Violence toujours que la ségrégation et la haine des races! Omniprésente, elle est aussi multiforme: à côté de la violence brutale, ouverte et qui dit son nom - celle qui se déchaîne dans les guerres - , il y a la violence subtile, insidieuse, sournoise. (...)
     On se gardera cependant de baptiser indistinctement violence toute manifestation d'antagonisme: tout n'est pas violence dans l'énergie qui se déploie, dans l'autorité qui s'exerce, dans la contrainte qui pèse sur les personnes. Il est capital de marquer la limite où s'arrête l'exercice légitime de l'autorité et où commence la violence. Du reste n'a-t-on pas toujours distingué entre la violence et la force ? Mais précisément la distinction garde-t-elle un sens ? Certains la contestent: elle n'a jamais eu et elle ne peut avoir aucun sens, car toute autorité est violence; le pouvoir, dans son expression, est l'instrument de la violence qu'un groupe fait aux autres; l'indépendance et l'impartialité de l'état ne sont que des leurres. D'autres consentent à admettre que la distinction a pu jadis correspondre à une réalité authentique, mais ils se demandent si elle garde une signification quelconque avec la croissance de la violence. De bons esprits s'interrogent sur la validité actuelle de la traditionnelle distinction entre la guerre juste et celle qui ne l'est point A l'instar des défenseurs de ce point de vue, le moment n'est-il pas venu d'effacer toute distinction entre une contrainte réputée juste et légitime et une violence tenue pour malfaisante ? Toute force aujourd'hui n'est-elle pas devenue violence, auquel cas la seule attitude humaine (...) serait de combattre indistinctement toute intervention de force, toute manifestation de contrainte, tout recours à d'autres moyens que ceux qui respectent la liberté d'initiative de l'individu ?
     Pour l'heure,il est indispensable de proposer une définition de la violence, quand ce ne serait qu'une simple convention de langage destinée à prévenir l'équivoque et à permettre le dialogue. Nous réputerons violence toute initiative qui entreprend gravement sur la liberté d'autrui, qui tend à lui interdire liberté de réflexion, de jugement , de décision et surtout qui aboutit à ravaler autrui au rang de moyen ou d'instrument dans un projet qui l'absorbe et qui l'englobe, sans le traiter comme un partenaire libre et égal.(…)
 
                                                                                                      René REMOND.
 
 
 La solidarité ou la barbarie.
 
   L'humanité est condamnée à vivre dans l'ère de la solidarité si elle ne veut pas connaître celle de la barbarie. La solidarité  c' est d' abord l 'acceptation des différences, qu'elles soient d'ordre biologique ou le produit de la géographie et de l'histoire. C'est renoncer à toute idée de hiérarchie entre les peuples et les nations. C’est abandonner une fois pour toutes la vision historique de ceux qui, de la Grèce et de la Rome antiques aux impérialismes modernes, ont toujours confondu civilisation et puissance, et relégué au rang de " barbares " les peuples subjugués comme ceux qui refusaient de l'être.
   Mais la solidarité cité implique plus: elle commande que; par-delà les diversités , on s'efforce de bâtir, à l'échelle mondiale, un ordre économique, social et culturel nouveau, qui transcende les égoïsmes nationaux et permette à l'homme d'organiser rationnellement l'espace, de telle sorte que chacun puisse y vivre libre et heureux dans la fraternité avec son prochain, quel qu'il soit.
   Il est à craindre que l' autre terme de l'alternative ne soit en définitive, la barbarie, car l'équilibre de terreur et l'accentuation des inégalités peuvent mener aux affrontements ultimes qui ne laisseraient que ruine et désolation: destruction de tout ce que le génie de l'homme a contribué à créer depuis des millénaires.
 
               In. Dossier Unesco. Supplément du Courrier de l’Unesco. Février 1975.
 

APPEL.
 
Nous sommes à l'aube de l'an 2000. Nous pouvons aller de l'avant avec l'extraordinaire aventure des sciences et de la culture, de la liberté et du bonheur. Notre vie est enthousiasmante. Elle peut être belle.
Nous refusons qu'elle soit mise en danger par une incroyable accumulation d'armements. Des intelligences, des talents, des énergies, servent à fabriquer des engins de mort capables d'anéantir la civilisation toute entière.
C'EST ABSURDE !
Des sommes fabuleuses sont englouties pour la mort alors que la vie en a besoin.
C'EST INJUSTE ET INHUMAIN!
Le prix d'un seul missile intercontinental permettrait à 50 millions d'enfants de manger à leur faim pendant un an.
VITE, IL FAUT DESARMER !
La variole pourrait être définitivement vaincue si 10 minutes des sommes consacrées pour la guerre l'étaient pour la santé.
ARRETONS CETTE COURSE INSENSEE !
Nous pouvons faire quelque chose. Refusons d'assister impuissants à l'escalade de la terreur.
 
Nous exhortons tous les hommes à lutter de toutes leurs forces pour le désarmement. Nous pouvons gagner car nous sommes à travers le monde presque unanimes.
-  Luttons pour que les gouvernements s'assoient et discutent.
- Luttons pour qu'ils remplacent la recherche de l'impossible équilibre de la terreur par celle d'un désarmement équilibré entre tous les pays.
- Luttons pour qu'ils décident de ne plus construire de nouvelles armes nucléaires.
DECRETONS LA MOBILISATION GENERALE POUR LA PAIX!
Faisons la chaîne: unis, nous pouvons être plus forts.
La paix doit triompher.
C'EST LE GENEREUX PARI QUE NOUS GAGNERONS!
                  
                                                                                             Un groupe de pacifistes.

Pourquoi Sygolène a-t-elle fugué ?
Sygolène est une fille de 4 ans 1/2. Elle se présente sous un aspect délicat et fragile; elle a les traits fins. les cheveux blonds bouclés, une robe de velours avec des parements en dentelle.
Elle est fille unique. Sa mère. qui a 26 ans1/2, s'est mariée à 21 ans, alors qu'elle avait terminé brillamment l'Ecole des Beaux-Arts après une vie estudiantine agréable, insouciante, mouvementée et cependant couronnée de succès dans le domaine de la peinture et de la décoration. On la considérait unanimement comme très douée et promise à la célébrité. Ses parents firent pression pour qu'elle se marie, car tir très beau parti se présentait. Le mari, âgé de 35 ans au moment du mariage, en admiration devant sa femme et ses succès de jeune fille, est un industriel de la région parisienne.
Les époux s'installent dans la banlieue de Paris. Dès la grossesse, qui survient très tôt, le mari influence sa femme pour qu'elle renonce à toute activité professionnelle. La jeune épouse accepte sans se rendre compte de tout ce que ce sacrifice représente pour elle et n'en prend conscience qu'avec la naissance de la petite tille et de tout ce que les soins du nouveau-né exigent d'elle. La jeune maman ne trouve pas l'aide chez sa propre mère, très mondaine, peu intéressée par les enfants et qui a elle-même confié sa propre  fille, lorsqu'elle était bébé. à des gouvernantes successives. La maman de Sygolène aurait volontiers adopté la même solution, mais le père y était fermement opposé. La mère se résigna
Sygolène a grandi en enfant sage. très calme, sans retard, parlant très tôt et bien, mais jouant seule et avec des compagnons imaginaires. Elle ne faisait pas de bruit et sa mère aimait la parer, pour la faire admirer par ses amies au cours de ses visites mondaines.
A 3 ans 1/2, la maman met Sygolène dans un jardin d'enfants moderne, aéré et plein de verdure, avec une jardinière jeune et douée qui s'attache à l'enfant. L'année suivante, les parents déménagent pour occuper un appartement plus luxueux,, dans un autre quartier de la même banlieue, et l'enfant est placée à la rentrée scolaire, dans une maternelle également moderne et bien équipée.
Trois jours après la rentrée. Sygolène quitte l'Ecole et disparaît. Elle est retrouvée dans son premier jardin d'enfants. La petite avait fait deux kilomètres à pied.
Inquiets de ce qu'ils appellent une "fugue précoce", les parents consultent un service Médico-Psychologique.
             In. La méthode des cas. Roger MUCCHIELLI.Ed. ESF. Paris 1984

 

Discours prononcé par Martin Luther King sur les marches du Lincoln Mémorial. Washington le 28 août 1963.

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Il y a cent ans, un grand Américain, qui jette sur nous aujourd'hui son ombre symbolique, a signé la Proclamation d'Emancipation. Cet arrêté d'une importance capitale venait porter la lumière, comme un phare d'espoir, aux millions d'esclaves Noirs, marqués par les flammes d'une injustice foudroyante, et annonçait l'aube joyeuse qui allait mettre fin à la longue nuit de la captivité. Mais un siècle plus tard, nous devons faire le constat tragique que les Noirs ne sont pas encore libres. Un siècle plus tard, la vie des Noirs reste entravée par la ségrégation et enchaînée par la discrimination.

Un siècle plus tard, les Noirs représentent un îlot de pauvreté au milieu d'un vaste océan de prospérité matérielle. Un siècle plus tard, les Noirs languissent toujours dans les marges de la société américaine, des exilés dans leur propre terre. Alors nous venons ici aujourd'hui pour dramatiser notre condition effroyable.
Nous venons à la capitale de notre nation pour demander, en quelque sorte, le paiement d'un chèque. Quand les architectes de notre République écrivirent les textes magnifiques de la Constitution et de la Déclaration d'Indépendance, ils signèrent un billet à l'ordre de chaque américain. C'était la promesse que chacun serait assuré de son droit inaliénable à la vie, à la liberté et à la poursuite du bonheur.
Il est aujourd'hui évident que l'Amérique a manqué à cet engagement quant à ses citoyens de couleur. Au lieu de faire honneur à cette obligation sacrée, l'Amérique a passé au peuple Noir un chèque qui revient marqué "sans provisions". Mais nous ne saurons croire qu'il n'y a plus suffisamment de provisions dans les grands coffres d'opportunités nationaux. Alors nous venons exiger notre paiement contre ce chèque, paiement sur demande des richesses de la liberté et de la sécurité que procure la justice.
Nous venons également à cet endroit sacré pour rappeler à l'Amérique l'urgence absolue de ce moment. Ce n'est pas le moment de prendre le luxe de laisser calmer les esprits, ni de nous laisser endormir par une approche gradualiste. Il est temps de quitter la vallée sombre et désolée de la ségrégation pour prendre le chemin ensoleillée de la justice raciale. Il est temps d'ouvrir les portes de l'opportunité à tous les enfants de Dieu. Il est temps de tirer notre nation des sables mouvants de l'injustice raciale jusqu'au rocher solide de la fraternité.
Que la nation ne tienne pas compte de l'urgence du moment, qu'elle sous-estime la détermination des Noirs, lui serait fatal. Cet été étouffant du mécontentement légitime des Noirs ne prendra fin qu'à l'arrivée d'un automne vivifiant qui amènera liberté et égalité. L'année 1963 n'est pas une fin, mais un début.
Ceux qui veulent croire que les Noirs seront satisfaits seulement de s'exprimer avec force auront un fâcheux réveil si la nation revient aux affaires habituelles comme si de rien n'était. L'Amérique ne connaîtra ni repos ni tranquillité tant que les Noirs ne jouissent pas pleinement de leurs droits civiques. Les orages de la révolte continueront à secouer les fondations de notre pays jusqu'au jour où la lumière de la justice arrivera. Mais il y a quelque chose que je dois dire à mon peuple, qui est sur le point de franchir le seuil de la justice. En luttant pour prendre notre juste place, nous ne devrons pas nous rendre coupables d'actes injustes. Ne buvons pas de la coupe de l'amertume et de la haine pour assouvir notre soif.
Nous devons toujours conduire notre lutte dans un haut souci de dignité et de la discipline. Nous ne pouvons pas laisser notre protestation créative dégénérer en violence physique. Encore et encore, nous devons atteindre ce niveau exalté où nous opposons à la force physique la force de l'âme. Le militantisme merveilleux qui a pris la communauté noire ne doit pas nous amener à nous méfier de tous les Blancs, on le voit par leur présence ici aujourd'hui, se sont rendus compte que leur destin dépend étroitement de la nôtre. Nous ne pouvons pas marcher seuls.
 
Et quand nous marchons, nous ne devons jurer d'aller toujours de l'avant. Nous ne pouvons pas faire demi-tour. Il y en a qui demandent aux fervents des droits civiques, "Quand serez-vous satisfaits ?" Nous ne serons être satisfaits tant que nous ne pouvons pas laisser nos corps fatigués se reposer dans les motels des routes ni les hôtels des villes.
Nous ne serons être satisfaits tant que les Noirs ne peuvent bouger que d'un petit ghetto à un ghetto plus grand. Nous ne serons être satisfaits tant qu'un Noir en Mississippi n'aura pas le droit de voter et qu'un Noir à New York ne verra rien pour lequel on peut voter. Non, non, nous ne sommes pas satisfaits et nous ne serons satisfaits que le jour où la justice se déchaînera comme les eaux, et que la justice sera comme un fleuve puissant.
Je ne suis pas sans savoir que certains d'entre vous arrivent ici après maintes épreuves et tribulations. Certains d'entre vous viennent directement des cellules étroites des prisons. Certains d'entre vous viennent des régions où votre quête pour la liberté vous a laissé meurtris par les orages de la persécution et renversés par le vent de la brutalité policière.
Vous êtes les vétérans de la souffrance créative. Persévérez dans l'assurance que la souffrance non méritée vous apportera rédemption.
Retournez dans le Mississippi, retournez en l'Alabama, retournez en Géorgie, retournez en Louisiane, retournez dans les ghettos et quartiers pauvres de nos villes du Nord, en sachant que cette situation, d'une manière ou d'une autre, peut être et sera changée. Ne nous complaisons pas dans la vallée du désespoir.
Je vous dis aujourd'hui, mes amis, que malgré les difficultés et les frustrations du moment, j'ai quand même un rêve. C'est un rêve profondément enraciné dans le rêve américain.
J'ai un rêve qu'un jour, cette nation se lèvera et vivra la vrai signification de sa croyance : "Nous tenons ces vérités comme allant de soi, que les hommes naissent égaux".
J'ai un rêve qu'un jour, sur les collines de terre rouge de la Géorgie, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d'esclaves pourront s'asseoir ensemble à la table de la fraternité.
J'ai un rêve qu'un jour même l'État de Mississippi, un désert étouffant d'injustice et d'oppression, sera transformé en un oasis de liberté et de justice.
J'ai un rêve que mes quatre enfants habiteront un jour une nation où ils seront jugés non pas par la couleur de leur peau, mais par le contenu de leur caractère.
J'ai un rêve aujourd'hui.
J'ai un rêve qu'un jour l'État de l'Alabama, dont le gouverneur actuel parle d'interposition et de nullification, sera transformé en un endroit où des petits enfants noirs pourront prendre la main des petits enfants blancs et marcher ensemble comme frères et soeurs.
J'ai un rêve aujourd'hui.
J'ai un rêve qu'un jour, chaque vallée sera levée, chaque colline et montagne seront nivelées, les endroits rugueux seront lissés et les endroits tortueux seront fait droits, et la gloire du Seigneur sera révélée, et tous les hommes la verront ensemble.
Ceci est notre espoir. C'est avec cet espoir que je rentre dans le Sud. Avec cette foi, nous pourrons transformer les discordances de notre nation en une belle symphonie de fraternité. Avec cette foi, nous pourrons travailler ensemble, prier ensemble, lutter ensemble, être emprisonnés ensemble, en sachant qu'un jour nous serons libres.
Quand ce jour arrivera, tous les enfants de Dieu pourront chanter avec un sens nouveau cette chanson patriotique, "Mon Pays, c'est de toi, douce patrie de la liberté, c'est de toi que je chante. Terre où reposent mes aïeux, fierté des pèlerins, de chaque montagne, que la liberté retentisse."
Et si l'Amérique veut être une grande nation, ceci doit se faire. Alors, que la liberté retentisse des grandes collines du New Hampshire. Que la liberté retentisse des montagnes puissantes de New York. Que la liberté retentisse des Hauts Alleghenies de la Pennsylvanie!
Que la liberté retentisse des Rockies enneigées du Colorado!
Que la liberté retentisse des beaux sommets de la Californie!
Mais aussi que la liberté retentisse Des Stone Mountains de la Géorgie!
Que la liberté retentisse des Lookout Mountains du Tennessee!
Que la liberté retentisse de chaque colline et de chaque taupinière du Mississippi! Que la liberté retentisse!
Quand nous laisserons retentir la liberté, quand nous la laisserons retentir de chaque village et de chaque lieu-dit, de chaque Etat et de chaque ville, nous ferons approcher ce jour quand tous les enfants de Dieu, Noirs et Blancs, Juifs, Catholiques et Protestants, pourront se prendre par la main et chanter les paroles du vieux spiritual noir :
"Enfin libres ! Enfin libres ! Dieu tout-puissant, merci, nous sommes enfin libres!"

                                                                                          Martin Luther King

Un jour Martin Luther King (site dédié MLK):

http://www.unjourmartinlutherking.com/dev/?Presentation

 

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