Éduquer au multimédia

Malgré l'enthousiasme ou les frayeurs qu'ils inspirent, les nouveaux médias ne sont, bien évidemment, ni l'enfer ni le paradis. Comme leurs aînés - la presse, la radio, la télévision - ils doivent faire l'objet d'une analyse critique qui les situe à leur juste place. Un nouveau champ d'activité pour une éducation aux médias qui s'avère, plus que jamais, indispensable.

Dans le cadre d'un travail pour le cours de biologie, des élèves décident d'utiliser un CD-Rom au titre accrocheur: Les animaux dangereux. Celui-ci s'ouvre sur un décor de savane dessiné et offre plusieurs accès: faune, flore, etc. Après avoir choisi le fauve, les élèves découvrent une série de dessins, d'informations textuelles, d'images vidéos et même du son. Il suffit de cliquer pour entendre l'animal comme si on était à ses côtés. Et pourtant, bien des questions surgissent. D'où proviennent toutes ces informations ? Qui les a recueillies et traitées ? Quelle représentation les dessins donnent-ils de la faune et de la flore africaine ? Quels procédés filmiques ont été utilisés par les cinéastes ? Les sons sont-ils originaux ou reconstituées en studio ? Ces questions, qui se posent déjà avec les médias traditionnels, se retrouvent ici avec davantage d'acuité. Il n'est déjà pas facile d'identifier l'auteur d'un film ou d'un livre. Que dire alors d'un CD-Rom, conçu par une équipe, et qui puise dans de vastes ressources documentaires ?

Idéalement, chaque document (dessin, photo, son...) devrait être accompagné de sa référence. Certains produits, peu nombreux, respectent cette exigence. Il n'empêche que, dans le cadre de leur formation, les élèves devront, un jour ou l'autre, être initiés à l'analyse des images et des sons. Ils devront aussi être capable de prendre du recul vis-à-vis de n'importe quel produit médiatique, pour en identifier la pertinence mais aussi les faiblesses. Rien que le titre Les animaux dangereux pose question. Pourquoi met-il d'emblée l'accent sur le danger ? Cette forme de dramatisation du sujet a certainement des motivations commerciales. Encore faut-il que les élèves s'en rendent compte et relativisent ce point de vue.

Les nouveaux défis d'Internet

Des questions semblables se posent au sujet des vastes ressources informatives et documentaires mises à disposition sur Internet. Même si les sites actuellement consultables mettent davantage l'écrit en valeur, pour des raisons de rapidité de téléchargement, ils n'oublient cependant pas le rôle de l'image et du son. Ils posent par contre deux nouveaux problèmes par rapport au CD-Rom. Premièrement celui de la fiabilité de l'information. Que vaut un renseignement trouvé sur Internet lorsqu'on sait que n'importe quel abonné peut proposer des pages dont le contenu ne sera jamais vérifié par aucun éditeur ou comité scientifique ? Comment outiller les élèves d'un esprit critique dont les méthodes permettront de répondre à ces nouveaux problèmes.

L'autre difficulté se situe au niveau de la surabondance de l'information proposée sur Internet. Jusqu'à présent, les enseignants et les élèves étaient confrontés à la rareté de l'information, plus ou moins grande selon l'importance des bibliothèques auxquelles ils avaient accès. Aujourd'hui, même si certains sujets ne sont pas traités sur Internet, d'autres le sont très abondamment. Et le phénomène ne fera que s'amplifier. Il est donc essentiel que les élèves soient formés pour être capables de maîtriser ce nouvel outil et d'en faire un usage pertinent et efficace. L'ensemble de ces questions nécessite une réflexion de fond, qui relativise les nouveaux médias et les mettent à leur juste place.

Six thématiques essentielles

Le travail réalisé par le Conseil de l'Education aux médias (1) offre un cadre de réflexion à cette démarche. Un de ses axes de travail essentiel propose d'analyser les médias, anciens ou nouveaux, selon six thématiques qui méritent d'être examinés systématiquement. Elles sont cependant inévitablement reliées entre elles.

1. Les langages

Le multimédia offre cette formidable potentialité d'intégrer les médias traditionnels. Il utilise de ce fait de multiples "langages" préexistants: texte, image fixe, image animée, son, etc. Ceux-ci font déjà l'objet d'analyses et de démarches pédagogiques élaborées depuis de nombreuses années. L'analyse des nouveaux médias suppose de s'y être initié. Mais ils y ajoutent leur langage propre, fait d'hypertexte, d'interactivité, d'arborescence, de navigation... . Quel usage font-ils de ces possibilités ? Qu'est-ce que cela entraîne au niveau des perceptions des utilisateurs ? Autant de questions qui méritent de faire l'objet d'un examen approfondi. Inévitablement, les langages entrent en interaction avec les autres thématiques. Un langage suppose une technologie, génère des représentations, etc.

2. Les technologies

Sans vouloir transformer les élèves en experts, il faut pouvoir les initier aux technologies utilisées par les médias. Comment utilise-t-on une caméra vidéo, quels sont les différents types de micro, quelles sont les possibilités du traitement de l'image sur ordinateur, quel logiciel utilise-t-on pour réaliser un CD-Rom, comment fonctionne Internet ? L'idéal serait de leur permettre d'utiliser certains de ces outils à l'une ou l'autre occasion. Mais dans une première approche, ils devraient avoir un aperçu des technologies utilisées pour saisir en quoi elles conditionnent le résultat final.

3. Les représentations

Quelles images, quelles représentations les nouveaux médias véhiculent-ils à propos des sujets qu'ils traitent ? Les enseignants sont spontanément sensibles à ces questions. Leur formation les a suffisamment formé pour exercer leur esprit critique. Mais il ne suffit pas qu'ils fassent part de leurs appréciations aux élèves. Encore faut-il qu'ils les outillent pour leur permettre de faire la même démarche. Les langages et technologies seront de sérieux appui dans ce sens. L'analyse des pôles de production et des publics visés compléteront utilement ce travail.

4. Les typologies

Analyser, c'est distinguer. Pour permettre d'identifier les spécificités d'un produit médiatique, il faut être capable de le situer par rapport aux autres. Quels sont les différents types de CD-Rom, sites Internet, logiciels de production multimédia ? Quel type d'arborescence, de supports, d'outils utilisent-ils ? Inévitablement, les questions de technologie et de langage vont intervenir à ce niveau.

5. Les publics

Les nouveaux médias proposés actuellement doivent être rentables d'une façon ou d'une autre, sans quoi ils ne pourraient être produits. Ils s'inscrivent donc dans une logique commerciale et s'adressent à des publics ciblés. Quels sont ces publics ? Comment ont-ils été définis ? Quelle idée les producteurs s'en font-ils ? Ici, c'est surtout un décodage des contenus qui permettra de se faire une idée des publics visés.

6. Les producteurs

Enfin, la production, déjà abordée lors de la définition des publics visés, mérite aussi une attention particulière. Quelle est sa structure ? De quel groupe fait-elle partie ? Qui détient ses capitaux ? Il n'est pas toujours simple de répondre précisément à ces questions. Les entreprises, institutions, organisations qui utilisent les nouveaux médias sont multiples et de types très divers. Il importe de les identifier, ainsi que leur stratégie de communication.

Ces six thématiques ne doivent pas être appliqués systématiquement à tous les nouveaux médias qui nous sont proposés. Pour certains, c'est l'examen de la représentation qui s'avérera la grille d'analyse la plus pertinente. Pour d'autres, on préférera les langages ou les publics. Parfois, l'ensemble de la démarche se révélera instructive. L'essentiel est de fournir des aux élèves des outils qui leur permettront de prendre du recul et d'exercer leur esprit d'analyse.

(1) L'éducation à l'audiovisuel et aux médias, Dossier de synthèse, Conseil de l'Education aux Médias, 1996.

Décortiquer le CD-Rom "Naître"

Le célèbre livre Naître publié avec les superbes photo de Lennart Nilsson est également commercialisé sur support CD-Rom et CDI. La version multimédia comporte d'incontestables enrichissement par rapport au livre: séquences vidéos, diaporamas, recherches par thèmes, etc. En appliquant les 6 thématiques de l'éducation aux médias, il est possible de cerner les points forts et les points faibles de ce produit grand public.

- Langages: les photographies de Lennart Nilsson étaient l'élément le plus attractif du livre. Elles sont également bien valorisée sur support informatique. Cependant, quelque soit le support, elles suscite un certain nombre de questions. Comment ont-elles été prises, retravaillées ? Les filtres, colorations, éclairages... rendent la vision agréable, mais quelles modifications entraînent-elles par rapport à la réalité. La même question se pose au sujets des montages. L'enfant représenté sur la couverture est bien trop grand pour tenir dans le ventre photographié. A quoi ressemble-t-il et comment est-il placé dans la réalité ? Ces questions se posent également à propos des autres éléments visuels et sonores du produit.

- Technologies: Quelle technologie Lennart Nilsson a-t-il utilisé ? Son livre signale l'usage d'endoscopes, de microscopes à balayage électronique, de photographies à résonances magnétiques... Impossible de devenir expert en cette matière, mais une rencontre avec un photographe professionnel permettrait certainement de recueillir de précieuses indications sur les procédés utilisés. D'autres documents, tels que ceux qui représentent l'ADN par exemple, pourraient faire l'objet de la même analyse.

- Représentations: Les réflexions au niveau des langages et des technologies déboucheront naturellement sur des interrogations concernant les représentations. Quel image de l'embryon ces photos donnent-elles ? Quelle est la représentation de la grossesse donnée dans l'ensemble du produit ? Des classes se sont rendu compte que le commentaire était peu développé sur le plan scientifique et généralement rassurant. Ce qui est normal lorsqu'on s'adresse essentiellement à des futurs parents. Une question qui touche la thématique des publics.

- Typologies: Naître est avant tout un produit multimédia de consultation. Son arborescence est classique et suit le déroulement des 9 mois de la grossesse. Proche du principe du livre, on n'y trouve pas d'éléments ludiques ou de création.

- Publics: C'est apparu clairement lors de l'analyse des représentations, Naître est un produit grand public et visant spécifiquement les futurs parents. Il ne traite donc pas en profondeur les notions scientifiques qu'il aborde. Il se limite volontairement à une première approche et s'adresse à un public forcément très concerné par le sujet, ce qui assure sa commercialisation.

- Producteurs: Les livres qui ont obtenu un réel succès ont certaine chances d'être édités sur CD-Rom. C'est le cas d'un certain nombre de dictionnaires et d'encyclopédies. Naître fait partie de ces best-seller dont la carrière n'est pas achevée. Comme son public-cible est très étendu et se renouvelle continuellement, un éditeur peut sans trop de risques réinvestir une partie de ses bénéfices dans son transfert sur une plate-forme multimédia. Ce n'est donc pas par hasard que ce produit a rapidement été remodelé en version électronique.

Source du document: http://membres.tripod.fr/detheux_paul/index.html

 
(A. TRICOT est Maître de conférence à l'IUFM de Bretagne.)
 

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