est né le 21 juillet 1920 à Tlemcen. Orphelin de père  en 1931. Études primaires, puis études secondaires au    collège de Slane à Tlemcen. Passe une année au lycée d'Oujda, puis entre à l'École normale d'instituteurs d'Oran, d'où il sortira sans diplôme. Instituteur en 1939-1940 à Zoudj-Beghal, puis comptable dans les bureaux des armées alliées à Oujda, en 1940-1941. En 1943-1944, est anglais-français auprès des armées à Alger. En 1945, il revient à Tlemcen où il travaille dans la corporation des tisserands. En 1950-1951, il fait des reportages divers pour Alger-Républicain.
 

En 1948, il a participé à des journées culturelles près de Blida, à Sidi Madani, où il rencontre des écrivains comme Albert Camus. Il se marie en 1951; voyage en France en 1952. II est un des signataires du manifeste e Fraternité algérienne en 1955. En 1959, il part en France et s'installe à Mougins, dans les Alpes-Maritimes. Voyages dans les pays de l'Est et, en 1960, au Maroc. En 1964, il s'installe à Meudon, puis à La Celle­Saint-Cloud, près de Paris. Différents voyages aux États-Unis, en Finlande.

"Considéré comme l'un des pères fondateurs de la littérature algérienne de langue française, Mohammed Dib est mort le vendredi 2 mai 2003 à son domicile de La Celle-Saint-Cloud, près de Paris. Il avait 82 ans.
Poète, romancier et auteur dramatique, le dernier des écrivains algériens de ce qu'on a appelé la "génération 52" a publié plus de trente ouvrages. Il résidait en France depuis 1959 et n'était plus retourné en Algérie depuis 1983, date à laquelle il s'était rendu à l'enterrement de sa mère. "
Algériades.com

 

 

Biographie et Bibliographie de Mohamed Dib sur:

Algériades.com

 http://www.algeriades.com/news/previews/article1119.htm

 

Et sur

Arte:

http://www.arte-tv.com/static/c2/paroles/index.html

http://www.arte-tv.com/fr/Paroles_

 

Limag. Littérature du Maghreb

http://www.limag.refer.org/Volumes/Dib.htm

 

Dz Littérature

http://dzlit.free.fr/acc.php

 

 

 

 
PRINTEMPS
Il flotte sur les quais une haleine d'abîmes,
L'air sent la violette entre de lourds poisons,
Des odeurs de goudron, de varech, de poisson ;
Le printemps envahit les chantiers maritimes.
Ce jour de pluie oblique a doucement poncé
Les gréements noirs et gris qui festonnent le port;
Eaux, docks et ciel unis par un subtil accord
Inscrivent dans l'espace une sourde pensée.
En cale sèche on voit des épaves ouvertes;
En elles l'âme vit peut-être... Oiseau têtu,
Oiseau perdu, de l'aube au soir reviendras-tu
Rêver rie haute mer, d'embruns et d'îles vertes ?
Je rôde aussi, le coeur vide et comme aux abois,
Un navire qui part hurle au loin sous la brume ;
Je tourne dans la ville où les usines fument,
Je cherche obstinément à me rappeler, quoi ?
                Ombre gardienne.

 

Mohammed DIB s'est éteint le 02 mai 2003. L'Algérie des "Omar, Aïni, Menoune, Hamid Saraj, Commandar, Nafissa, Arfia et tous les Généreux de ce pays lui resteront éternellement reconnaissants...

     
     
 

SUR LA TERRE ERRANTE
Quand la nuit se brise,
Je porte ma tiédeur
Sur les monts acérés
Et me dévêts à la vue du matin
Comme celle qui s'est levée
 
Pour honorer la première eau...
Pourquoi erres-tu avec ton cri,
Femme, quand les souffles
De l'aube commencent
A circuler sur les collines ?
 
Moi qui parle, Algérie,
Peut-être ne suis-je
Que la plus banale de tes femmes.
Mais ma voix ne s'arrêtera pas
De héler plaines et montagnes ;
 
Je descends de l'Aurès,
Ouvrez vos portes,
Epouses fraternelles,
Donnez-moi de l'eau fraîche,
Du miel et du pain d'orge ;
 
Je suis venue vous voir,
Vous apporter le bonheur,
A vous et vos enfants ;
Que vos petits nouveau-nés
Grandissent,
Que votre blé pousse
Que votre pain lève aussi
Et que rien ne vous fasse défaut,
Le bonheur soit avec vous.
                                                                        Ombre gardienne.

 

HEURE FOLLE

L'heure folle erre. Noire,

Vous la reconnaîtrez

A trop de haine noire,

Trop de cris, trop de vent.

 

Nés d'antiques calcaires

Et des feux de la mer,

Ses ramiers pour la mort

Resplendissent étranges .

 

Vous la reconnaîtrez

C'est l'heure de deuil, l'heure

De sang roux sur les vignes ,

La folle de lumière.

                                                          « Ombre gardienne »

Il faut qu'on soit heureux pour pouvoir vivre!

- Puisqu'ils sont là, on va s'occuper d'eux, je dis. Yen a qui vous rebattent les oreilles ! je dis. Qui vous noient dans leurs discours et qui ne savent que vous chanter toujours la même chanson : « Il faut des sacrifices! Il faut que le peuple se sacrifie! » Et pourquoi pas ? qu'on pourrait leur répondre. Justement! Mais on aimerait que quelqu'un nous montre comment. Vous ne voudriez pas nous montrer comment on doit s'y prendre ? Votre exemple sera utile au peuple! Rien qu'avec les miettes qui tombent de votre table, y aurait assez pour nous nourrir tous tant que nous sommes. Vous ne voudriez pas commencer ?...
Babanag me secoue. Il s'y met de toutes ses forces:
  - Tais-toi! Tais-toi, malheureuse!
Je l'écarte du revers de la main comme une mouche. Les gens ne pipent pas. Ils attendent toujours.
- Le peuple! je dis, et je me marre un grand coup. Ah! le peuple! Il est tout juste bon pour mourir dans les montagnes et se serrer la ceinture ! Mais pour profiter de la vie, il n'est jamais assez bon ! Voilà leur vraie pensée. Mais la vérité vraie, c'est qu'il faut qu'on soit heureux pour pouvoir vivre ! Vous comprenez ? C'est simple : le bonheur. Et il ne faut pas qu'on vous trompe sur la marchandise : ça n'existe que là où un humain est un humain! Et pas une bête de somme ! Et pas une bête d'abattoir! Ça ne peut jamais se trouver là-dedans.
Babanag, la terreur plein la voix, glapit:
- Malheureuse! On pourrait l'apprendre et t'irais tâter de leur prison! T'aimes les histoires, c'est sûr!
De la tête, des mains et de tout, il me pousse dans les reins. Mais moi, je leur dis toute la vérité
- Seraient-ils capables de vous expliquer pourquoi ils vous trouvent juste bons à être sacrifiés comme des moutons, et les autres ils les trouvent dignes de recevoir tout ?
Babanag lance au monde qui est à l'écoute:
- Allez à vos affaires, vous autres! Allez donc! Faites pas attention!
La Danse du roi, éd. du Seuil, Paris, 1968.

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La Patrie
A peine s'emboîtèrent-ils dans leurs pupitres que le maître, d'une voix claironnante, annonça:
- Morale !
Leçon de morale. Omar en profiterait pour mastiquer le pain qui était dans sa poche et qu'il n'avait pas pu donner à Veste-de-Kaki.
Le maître fit quelques pas entre les tables , le bruissement sourd des semelles sur le parquet, les coups de pied donnés aux bancs, les appels, les rires, les chuchotements s'évanouirent L'accalmie envahit la salle de classe comme par enchantement : s'abstenant de respirer, les élèves se métamorphosaient en merveilleux santons. Mais en dépit de leur immobilité et de leur application, il flottait une joie légère, aérienne, dansante comme une lumière.
M Hassan, satisfait, marcha jusqu'à son bureau, où il feuilleta un gros cahier. Il proclama - La Patrie.
L'indifférence accueillit cette nouvelle. On ne comprit pas. Le mot, campé en l'air, se balançait - Qui d'entre vous sait ce que veut dire Patrie ?
Quelques remous troublèrent le calme de la classe. La baguette claqua sur un des pupitres, ramenant l'ordre Les élèves cherchèrent autour d'eux, leurs regards se promenèrent entre les tables, sur les murs, à travers les fenêtres, au plafond, sur la figure du maître ; il apparut avec évidence qu'elle n'était pas là. Patrie n'était pas dans la classe. Les élèves se dévisagèrent Certains se plaçaient hors du débat et patientaient benoîtement.
Brahim Bali pointa le doigt en l'air. Tiens, celui-là ! Il savait donc ? Bien sûr Il redoublait, il était au courant.
- La France est notre mère Patrie, ânonna Brahim. Son ton nasillard était celui que prenait tout élève pendant la lecture. Entendant cela, tous firent claquer leurs doigts, tous voulaient parler maintenant. Sans permission, ils répétèrent à l'envi la même phrase.
Les lèvres serrées, Omar pétrissait une petite boule de pain dans sa bouche. La France, capitale Paris. Il savait ça. Les Français qu'on aperçoit en ville, viennent de ce pays.Pour y aller ou en revenir, il faut traverser la mer, prendre le bateau... La mer : la mer Méditerranée. Jamais vu la mer, ni un bateau. Mais il sait : une très grande étendue d'eau salée et une sorte de planche flottante. La France, un dessin en plusieurs couleurs. Comment ce pays si lointain est-il sa mère ? Sa mère est à la maison, c'est Aïni , il n'en a pas deux. Aini n'est pas la France. Rien de commun. Omar venait de surprendre un mensonge. Patrie ou pas patrie, la France n'était pas sa mère.
Les élèves entre eux disaient: celui qui sait le mieux mentir, le mieux arranger son mensonge, est le meilleur de la classe.
Omar pensait au goût du pain dans sa bouche : le maître, près de lui, réimposait l'ordre. Une perpétuelle lutte soulevait la force animée et liquide de l'enfance contre la force statique et rectiligne de la discipline.
M. Hassan ouvrit la leçon.
- La patrie est la terre des pères. Le pays où l'on est fixé depuis plusieurs générations.
Il s'étendit là-dessus, développa, expliqua. Les enfants, dont les velléités d'agitation avaient été fortement endiguées, enregistraient.
- La patrie n'est pas seulement le sol sur lequel on vit, mais aussi l'ensemble de ses habitants et tout ce qui s'y trouve.
Impossible de penser tout le temps au pain. Omar laisserait sa part de demain à Veste-de-Kaki. Veste-de-Kaki était-il compris dans la patrie ? Puisque le maître disait... Ce serait quand même drôle que Veste de Kaki... Et sa mère, et Aouicha et Mériem, et les habitants de Dar-Sbitar? Comptaient-ils tous dans la patrie ? Hamid Saraj aussi ?
- Quand de l'extérieur viennent des étrangers qui prétendent être les maîtres, la patrie est en danger. Ces étrangers sont des ennemis contre lesquels toute la population doit défendre la patrie menacée. Il est alors question de guerre. Les habitants doivent défendre la patrie au prix de leur existence.
Quel était son pays ? Omar eût aimé que le maître le dit, pour savoir. Où étaient ces méchants qui se déclaraient les maîtres ? Quels étaient les ennemis de son pays, de sa patrie ? Omar n'osait pas ouvrir la bouche pour poser ces questions à cause du goût du pain
- Ceux qui aiment particulièrement leur patrie et agissent pour son bien, dans son intérêt, s'appellent des patriotes.
La voix du maître prenait des accents solennels qui faisaient résonner la salle. Il allait et venait.
M Hassan était-il patriote ? Hamid Saraj était-il patriote aussi ?
Comment se pourrait-il qu'ils le fussent tous les deux 7 Le maître était pour ainsi dire un notable , Hamid Saraj, un homme que la police recherchait souvent. Des deux, qui est le patriote alors ? La question restait en suspens....
 La grande maison, Le Seuil, 1952 Pp. 19& 20

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