Ils s'appelaient Maurice, Raymonde, Henri ou Lucette. Français d'Algérie, ils ont combattu auprès des Algériens lors de la guerre de libération. Pourtant, peu d'entre eux sont sortis de l'anonymat. En juillet dernier, le président Abdelaziz Bouteflika a inauguré une stèle, située à Alger entre la place des Martyrs et l'entrée de la commune de Bab el Oued, réhabilitant ses " porteurs de valises " oubliés. Un hommage porté à ces hommes et femmes " épris de paix et de liberté, qui ont témoigné avec sacrifice et courage, pour la dignité du peuple français et l'honneur de la France, durant la guerre de libération nationale et qui ont soutenu sans relâche et dans la fidélité à leurs principes, le combat du peuple algérien pour son émancipation "     René Fagnoni

 

Il est mort pour que vive l'Algérie libre et indépendante

Qui se souvient de Maurice Laban ?

Epris de causes justes, l'enfant de Biskra a participé à la guerre d'Espagne. Se considérant comme algérien à part entière, il n'hésite pas à prendre part à la guerre de libération

 

C'est le parcours d'un homme d'exception que relate Jean-Luc Einaudi dans son livre, Un Algérien, Maurice Laban*. L'auteur de la Ferme Ameziane, une enquête sur un centre de torture pendant la guerre d'Algérie, fait, dans cet essai, sorti chez le Cherche midi éditeur (à Paris), la lumière sur les combats ininterrompus d'un enfant de Biskra. «Des combats pour la justice et au bénéfice des opprimés».

 

Né en 1914 à Biskra, dans le Sud algérien, Maurice Laban n'a jamais cessé d'apporter de l'aide à autrui jusqu'à cette date fatidique du 5 juin 1956 où il meurt au champ d'honneur dans les maquis de la région de Chlef (ex­Orléansville).

Les parents de Maurice, Etienne et Jeanne, ont tous deux choisi l'enseignement indigène. Leur proximité avec la population fait qu'ils parlent kabyle (ils ont enseigné un moment dans un village éloigné de haute Kabylie) et arabe. Jean-Luc Einaudi narre dans le détail la situation sociale du début du siècle dans l'Algérie coloniale et insiste sur les exactions des autorités et de leurs supplétifs vis-à-vis des Algériens. Avec son bac en poche, Maurice Laban part s'inscrire à l'école d'ingénieurs de Marseille.

Il montre des dispositions particulières pour les sciences mais, au bout de quatre mois passés au sud de la France, il revient en Algérie. «Les études n'étaient pas aussi sérieuses que je le voulais», confie-t-il. En 1936, Maurice Laban participe à la fondation du Parti communiste algérien et ne tarde pas à s'engager dans les Brigades internationales en Espagne. Durant cette guerre contre la dictature, il est blessé gravement à deux reprises au combat.

Quand il revient en Algérie, il se joint à la lutte clandestine contre le régime de Vichy dès 1940. Il est alors condamné aux travaux forcés à perpétuité par la section spéciale du tribunal militaire d'Alger. Lorsqu'il est conduit au commissariat avec Odette (qui deviendra par la suite sa femme), à la préfecture d'Alger, on lui demande sa nationalité, il répond spontanément : «algérienne». Maurice Laban ne se gêne pas pour affirmer la nécessité de l'indépendance de l'Algérie. Il est ensuite libéré le 15 mars 1943, quatre mois après le débarquement américain en Algérie.

 

De retour à Biskra, il reprend son projet d'exploitation du Chott Merouane et participe au renforcement de l'implantation du Parti communiste algérien dans l'est du pays. En août 1946, il y a un heureux événement pour le couple Maurice et Odette : un garçon naît. Lors de la session du comité central du Parti communiste algérien (les 20 et 21 septembre 1947), Maurice Laban aborde le problème du blé et plaide pour que la culture en soit étendue. Il demande à ce que l'on aide les petites et moyennes propriétés.

 

Aux élections municipales d'octobre 1947, à Biskra, il est réélu au conseil municipal. En décembre 1952, Maurice Laban aide activement les planteurs de tabac de Oued Souf à se constituer en coopérative. Mais le 22 juillet 1953, il est sanctionné d'un blâme par la direction du P.C.A. «Au fond, ce que vous me reprochez, c'est de ne pas être un militant passif, d'être un des très rares camarades à ne pas avoir peur de dire ce qu'il pense, de ne pas vous approuver quand ce que vous dites lui paraît faux, en un mot, de ne pas vous aduler et de ne pas faire le "cireur de bottes"», écrit-il à l'adresse de ses détracteurs.

 

Connaissant Mustapha Ben Boulaïd, Maurice Laban fabrique de la poudre pour les moudjahidine dès l'éclatement de la guerre de libération. Au début de l'année 1955, le PCA confirme sa condamnation du mouvement insurrectionnel. Maurice Laban est déçu. Ce n'est que le 20 juin 1955 que le comité central du PCA se réunit secrètement à Bab et Oued et décide l'engagement des communistes dans la lutte armée. Maurice Laban ne tarde pas à monter au maquis. Le 6 juin 1956, l'Echo d'Alger titre : «L'aspirant félon Maillot et Laban sont abattus près d'Orléansville. Les deux traîtres accompagnaient les assassins de quatre Français musulmans». Aujourd'hui, peu d'Algériens connaissent ce grand frère qu'est Maurice Laban. Ce grand frère qui a participé à la libération de ce pays. Il est temps de faire un effort véritable pour faire connaître le combat de Maurice Laban et de ses semblables, encore méconnus.                                                                                                                       Youcef ZIREM

* Un Algérien Maurice Laban, de Jean-Luc Einaudi, chez le Cherche midi éditeur, Paris, 1999.

 Article paru le mardi 10 octobre 2000
Dans le Quotidien National Indépendant:  La Tribune

LE MATIN   du lundi 29 avril 2002.

 

Biskra, évocation
Maurice Laban ressuscité.
Par Abdou G.

Biskra berceau du patriotisme n'a pas oublié un de ses meilleurs fils celui qui a donné toute sa vie à la cause nationale. L'hommage rendu par les autorités de la commune à l'action révolutionnaire de Maurice Laban en dit long sur la portée de cet événement. Mme  Odette Laban malgré le poids des ans, 82 ans, a tenu, à assister et à témoigner par sa présence de l'amour que portait Maurice à l'Algérie. Ses amis, ses compagnons de lutte étaient tous là. Militant de la cause na­tionale, Maurice Laban, communiste, humaniste, était un exemple de bonne foi et d’honnêteté. Il  avait pris sa décision et il partit clandestinement vers l'Espagne pour se mettre à la disposition de la brigade internationale volontaire au secours de la Passionnaria Dolorès assiégée par le fasciste Franco. Elu conseiller municipal de 1945 à 1953 à Biskra, il participa avec dévouement à chaque revendication sociale, grèves d’ouvriers et grogne des paysans.

Il critiquait les gouvernements français dans leurs guerres d'oppression et colonialistes contre les peuples d'Indochine, de Madagascar, de Tunisie et du Maroc. Maurice Laban était en quelque sorte un révolutionnaire endurci. Il adhéra au PCF et connut les heures sombres de la lutte anticoloniale. Il consacra sa vie à lutter pour ses idées, pour l'indépendance de l'Algérie, pour l'avènement d'une société meilleure, à l'activité révolutionnaire et se sentait comblé comme disait Odette son épouse et sa compagne de toujours. Maurice Laban n'a jamais accepté d'être prisonnier ni du nationalisme étroit, ni de la langue, ni de la religion, ni des races, ni des drapeaux. Il était attaché à l'indépendance de l'Algérie, c'était sa nature, sa religion à lui. En 1951, il est animateur politique du Front algérien constitué par les communistes, les islamistes et les nationalistes. En novembre 1954, il approuva la révolution déclenchée par le FLN. En 1956, il est rappelé à Alger par la direction de son parti pour lui confier la mission de combattre les harkis du Bachagha Boualem dans la région de Chlef. Il remplira sa mission grâce aux armes livrées par Henri Maillot. Maurice Laban tombe au champ d'honneur en juin 1956. C'est à El Karma qu'il repose pour que vive l'Algérie.

 

La ville de Biskra a effacé une grande injustice à l’égard d’un grand révolutionnaire. Reconnaissante et fière, la Reine des Ziban a rendu un vibrant hommage à cette grande figure du nationalisme Algérien à travers deux journées mémorables qui resteront gravées à jamais dans la mémoire des Biskris.

Désormais une rue de Biskra portera son nom, débaptisée en présence de sa femme, des autorités locales, de ses amis et d’un nombreux public.

La Nouvelle République du 29 avril 2002

Biskra honore la mémoire

d'un de ses valeureux enfants.

Par M.Slimani

Dans une ambiance émouvante et de retrouvailles familiales, les citoyens de Biskra ont tenu à rendre hommage à la mémoire du martyr Maurice Laban, mort pour que vive l'Algérie libre et indépendante. A l'initiative de l'Association pour la promotion du citoyen de la wilaya de Biskra, et en collaboration avec les autorités locales et les moudjahidine qu'une rue du quartier de la gare a été débaptisée au nom de ce valeureux chahid.

C'est en présence de son épouse Odette Laban et de sa petite fille que le maire de Biskra a coupé le ruban, pour inaugurer cette rue. Par cette action, le nom de Maurice Laban restera gravé à jamais dans le mémoire des Biskris. Maurice Laban est né le 30 octobre à Biskra, il était connu pour son intelligence, son honnêteté, sa franchise, son courage, sa droiture, sa modestie, son dévouement, son sens de l'abnégation et du sacrifice.

Il est tué le 5 juin 1956 dans la région de Chlef (Orléansville) dans un accrochage, les armes à la main aux côtés de l'aspirant Henri Maillot, qui avait déserté l'armée française avec une cargaison d'armes, et d'autres martyrs tels que Belkacem Hannoun, Moussaoui Djillali.... Maurice était désigné par les autorités françaises civiles et militaires comme traître, lui il se considérait tout simplement algérien. Maurice Laban fait partie de la mémoire collective algérienne, la nation algérienne ne saurait renier ses enfants.

Madame Odette Laban lors de l'inauguration de la rue Maurice Laban
à Biskra
 
El Watan du 15 août 2000
Maurice LABAN. Un fils de l’Algérie.
Par  Boudiaf Toufik

Le destin a voulu qu’un Français, né en Algérie, épouse la cause algérienne. Il a été traqué par le régime de Vichy pour avoir revendiqué l’autodétermination du peuple algérien ; il a été torturé et emprisonné puis tombé au champ d’honneur. Il fait partie de notre histoire.
Maurice Laban est né en octobre 1914 à Biskra. Ses parents retraités tenaient une ferme à Saâda (localité proche de Sidi-Okba).Il prend conscience qu’ils sont devenus de petits colons .Se rendant compte de la modicité des salaires payés aux ouvriers « indigènes », il les incite à la grève sur le chantier. Le père et le fils s’opposent violemment. Maurice Laban ouvre également les yeux sur les injustices  qui règnent dans la région, en particulier la tyrannie du bachagha (Cheikh El-Arab).Il connut et fréquenta Dr Saâdane, Chatenier, Med Louam, Djoudi Saïd, Safer Larbi, Debabèche Rachid et Mahmoud, Ben Lakhal, Gozli, Daha… tous militants du PCA et revendiquant l’indépendance de l’Algérie.

En 1939, il rejoint les Brigades Internationales, en Espagne, pour combattre le régime fasciste de Franco. Il fut blessé en 1937, et gardera un handicap pour le restant de sa vie.

En 1938, sur le front de Madrid, Maurice est atteint d’une balle qui lui fractura le crâne et lui fit éclater la mâchoire ; il fut sauvé par son ami Georges Raffini qui l’emporta sur ses épaules : il subit plusieurs opérations, la guerre est finie pour lui. Maurice est de retour en Algérie, il se rend à Constantine où il entre en contact avec des militants de la cause algérienne : Raffini, Med Kateb, Gustave Vallon, Jean Cattoir, Poularc’h, Odette Rossignol, Ibanez.

En  1940, il se rend à Biskra, il y rencontra Med Boucetta, pour entrer en contact avec les militants du PPA.

En 1942, Maurice et ses compagnons sont en prison à Lambèze. Maltraité, souffrant du froid et de la faim, ils se mettent en grève. Maurice baptisera cette prison « Dar e-chitan » (maison du diable).Désigné comme traître par une majorité d’Européens et par les autorités civiles et militaires françaises, il se considérait, lui, seulement comme Algérien. Maurice Laban est tombé au champ d’honneur dans la région d’Orléanville (Chlef ) en juin 1956 aux côtés d’Henri Maillot.

Des hommes comme Maurice Laban ont existé, beaucoup d’entre nous ne les connaissent pas. C’est le moment de les faire connaître aux Algériens et à l’histoire.    

    Ils ont soutenu sans relâche et dans la fidélité à leurs principes, le combat du peuple algérien pour son indépendance.
Ils ont témoigné avec sacrifice et courage, pour la dignité du peuple français et l'honneur de la France
Les religieux : les prêtres de la Mission de France: Abbés Pierre MAMET, Robert DAVEZIES, Alfred BERRENGUER (abbé), BOUDOURESQUE, CARTERON (abbé, alias M Albert trésorier de l'organisation sociale du FLN région de Lyon), CHAIZE (RP), CORTES, CORRE, DESROUSSEAU (El Biar), MATHIOT (pasteur), Georges MEIER, Jacques BERTHELET (séminariste), Cardinal DUVAL, Cardinal LIENART, MAGNIN (curé), père de la MORANDAIS, pasteur ROSER, Jean URVOAS, VOGUE, mère Claire du SACRE COEUR, SCOTTO (Bab El Oued)...
Les artistes : Georges BERGER, Jean-Marie BEOGLIN, Roger BLIN, Michel BUTOR, Jean-Claude CARRIERE, François CHALAIS, Jacques CHARBY, Paul CRAUCHET,Alain CUNY, Hélène DUC et son mari René CATROUX, Cécile DECUGIS, Danielle DELORME, Roger HANIN, Cécile MARION, Diégo MASSON, Jacques MIGNOT, Roger PIGAUT, Serge REGGIANI, Jacques RISPAIL,Alain RESNAIS, Jean Marie RIVIERE, François ROBERT, Frédéric ROSSIF, Simone SIGNORET, Catherine SAUVAGE, Laurent TERZIEF, André THORENT, Jacques et Lise TREBOUTA, François TRUFFAUT, Tristan TZARA, Marina VLADY...
Les écrivains et intellectuels : Henri ALLEG, Georges ARNAUD, Emmanuel d'ASTIER, Yvan AUDOUAR, Roland BARTHES, Simone de BEAUVOIR, Robert BONNAUD, Michel BUTOR, Jean CASSOU, Maurice CAUSSE, Henri CURIEL et sa femme Rosette, Jacques DUQUESNE, Jean Luc EINAUDI, Robert ESCARPIT, René ETIEMBLE, Henri INNEMAROU, Francis JEANSON, Joseph KESSEL, Paul Marie de la GORCE, Jacques Le GOFF, Paul-Marie de la GORCE, Claude et Jacques LANZMANN, Clara MALRAUX, Forence MALRAUX, .André MANDOUZE, Dyonis MASCOLO, François MASPERO, François MAURIAC, Daniel MAYER, Maurice MERLEAU- PONTY, Edgar MORIN,Jacques PREVERT, Madeleine REBERIOUX, Jean ROUCH, ROVAN, Jules ROY, Françoise SAGAN, Jean-Paul SARTRE, Benjamin STORA, Serge THION, Germaine TILLON, Tristan TZARA, Roger VAILLANT, Pierre VIDAL-NAQUET...
Les hommes politiques : Denis BERGER, CORTY, Bertrand DELANOE, Jacques DUCLOS, Georgina DUFOIX, André GALLICE (conseiller municipal d'Alger), Alain GEISMAR, Gaston GOSSELIN, Bernard KOUCHNER, Alain KRIVINE, Arlette LAGUILLER, Elisabeth GUICOU, Jacques MELLICK, Christian NUCCI, ORHAN, Michel PEZET, Jean Jacques PORCHEZ, Guy RAMETTE, Michel RAPTIS dit Pablo, Michel ROCARD, Roger ROTH, Bernard STASI, TANGUY-PRIGENT, Simone VEIL, VERDIER...
Les avocats:  Michèle Beauvillard, Abdessama Ben Abdallah d, Pierre Braun , Maurice Courrégé , Roland Dumas, Gisèle Halimi  , Claudine Nahori , Mourad Oussedik ,  Marie Claude Radziewzky , Nicole Rein , Jacques Verges , Michel Zavrian, Jean Jacques de Felice  ...
Les journalistes : Claude BOURDET, Hervé BOURGES, Gérard CARREYROU, Jean DANIEL, Jean Bernard DEROSNE, Claude ESTIER, André FONTAINE, Françoise GIROUD, Marcel HAEDRICH, Georges HOURDIN, Pierre LAZAREFF, Robert LAZURICK, Jean Le MEUR, Louis MARTIN CHAUFFIER, Gilles MARTINET, Henri OUANINE (Alger Républicain), Frédéric POTTECHER, Roger PRIOURET, Madeleine RIFFAUD (l'Humanité), Jean Jacques SERVAN-SCHREIBER, Roger STEPHANE, Georges SUFFERT, Jacques VIGNES...
Les médecins : Jacques CHARBY, Annette ROGER, Pierre CHAULET et sa femme Anne-Marie, professeur D'ALSACE, Frantz FANON, HADJERES, Lorento PACO, professeur Pierre VEULLAY...
Divers : Jacques ALEXANDRE, ALVAREZ, Marcelle AUCLAIR, Jacques AUDOIR, Josette AUGAY, François AUTAIN, Yvette BACRI, Denise BARRAT, Robert BARRAT, Laurence BATAILLE, Michèle BEAUVILLARD, Marcel BAUVINEAU, Jean-Marie BEGUELIN, Henri BENOIST, Jacques BERTHELET (ancien séminariste), Christian BLANC, Gilbert BLEIVEISS, Marc BLONDEL, Simon BLUMENTAL, Etienne BOLO, François BORELLA, Pierre BOUSSEL, Guy BRAIBANT, René CAPITANT, CASALIS, Roland CASTRO, Robert CHAPUIS, André CHATEL, François CHATELET, Anne-Marie CHAUTELET, Jean CLAVEL, Roger COLAS ( l'Action catholique), Maurice CRAIPEAU, Hélène CUENAT, Cécile DECUGIS, Dominique DARBOIS, Dominique DARRAS, Maurice DENOUE, Robert DABEZIER, Jacques DEBRE-BRIDEL, Claude DESPRETZ, Jean Marie DOMENACH, René DOMERGUE (instit), Nelly FORGET, Michel de la FOURNIERE, Pierre FRANK dit "Pedro", Armand GATTI VAUGARNI, Pierre GAUDEZ, Eliane GAUTRON, Georgette GERARD, Jean GIOVANELLI, Bernadette GUICHARD, Nicole ISNARD, Georges HELIE et madame, Jean Louis HURST, Pierre JOUVE, Jacques JULLIARD, Adolfo KARMINSKI, Marc KRAVETZ, Emile LAURENSOT, Evelyne LAVALETTE, Jean LEBRUN, Anne LE DUC, Léandre LETOQUART, Norbert LIBRATI, Jérome LINDON (éditeur), MALAN, Georges-Antoine MARCELLI, Fernand MARIN, Henri MARROU, Georges MATTEI, Danielle MINNE, MOATI et MORALI, NEPLAZ, Claude OLIVENSTEIN, Jacqueline ORENGO, Baptiste PASTOR, Jean Claude PAUPERT, Jean-Marie PAUPERT, Marcel PEJU, Jean-Louis PENINOU, Raymonde PESCHARD, Jacques PEYREGA, André PHILIP, Christiane PHILIP, Jean PIAGET, René-Victor PILHES, Alexandre PANICUCCI, Hubert PREVOT, Edmée PITOUS, Mme QUATRE-BAREL, Cécile REGAGNON, Nicole REIN, Francis RENDA, Olivier REVRAULT d'ALLONES, Roger REY, Roger RIGAULT, Jean RIOU, Annette ROGER, Jean Jacques ROUSSET, Roger ROY, André RUIZ(chef du PCA), Maité SANGLA, André SANTONI, Miriam SASSI, Maurice SAUVAGE, Bernard SCHREINER, Laurent SCHWARTZ, Maurice SERGENT, Pierre Henri SIMON, Georges SMADJA, Mme STEINER, Gérrard SPITZER, Henri TORRES, René VAUTIER, Jean VENDART, VERCORS, Cécile VERDUISANT, Pierre VIDAL, de la VIGNETTE, Jean Pierre VITTORI, Claude VOISIN, Denise WALBERT…                  
Les déserteurs ou insoumis : MAILLOT (PCA), Joseph GRUAU, Jean, FARRUGIA , Jean CLEMENT, BOUTOUT, Jean CLAVEL, Loïc COLLET, Alain DEJARDIN, Henri DEMANGEAU, Noël, Louis FAVRELIERE ; Lucien FONTENEL, Marc GARRANGER, André GAZUT, Claude GLAYMAN, Jean-Louis HURST Maurienne, Stanislas HUTIN, Louis HORANT, Jacques INREP, Maurice LABAN, Yvonnick LECLERC, Paul LEFEBVRE, Léandre LETOQUART, Alban LIECHTI, Serge LOUBES, LUCAS (5e RIC à PALESTRO), Maurice MASCHINO, Jean le MEUR, Henri PENINOU , Francis Renda, Benoit REY, David ROUSSET, le Lieutenant ''JOSE'', YVETON, Daniel Meyer et Gabriel TIMSIT, Giorgio ARBID, HADJERES, médecin, ALERINI…             
                       
La presse : France-Observateur (Nouvel Obs) ; Le Monde ; L'Express ; L'Humanité ; Libération ; Témoignage Chrétien ; Esprit ; Les temps modernes                
La Filière allemande :  Georges PUCHERT, Dr. KRUGER, Ernest SPRINGER , Otto SCHLUTER , Marcel LEOPOLD...            
Les organisations politiques et syndicales : PC, PSU, UNEF, SGEN...             
Les personnalités étrangères : Henrich BALL, Youssef CHAHINE, Federico FELLINI, Max FRISCH, Gertrud von LEFORT, Norman MAILER, Wright MILLS, Alberto MORAVIA, John OSBORNE …           
           
 

 

Manifeste des 121

Déclaration sur le droit à l'insoumission
dans la guerre d'Algérie

6 septembre 1960

Le 6 septembre 1960, 121 écrivains, universitaires et artistes rendent public le texte suivant (dans Vérité-Liberté, no 4, septembre-octobre 1960 ; ce numéro fut saisi et le gérant inculpé de provocation de militaires à la désobéissance). Cet appel vaudra à certains signataires de sévères sanctions (révocations...).

 

 

Un mouvement très important se développe en France, et il est nécessaire que l'opinion française et internationale en soit mieux informée, au moment où le nouveau tournant de la guerre d'Algérie doit nous conduire à voir, non à oublier, la profondeur de la crise qui s'est ouverte il y a six ans.

De plus en plus nombreux, des Français sont poursuivis, emprisonnés, condamnés, pour s'être refusés à participer à cette guerre ou pour être venus en aide aux combattants algériens. Dénaturées par leurs adversaires, mais aussi édulcorées par ceux-là mêmes qui auraient le devoir de les défendre, leurs raisons restent généralement incomprises. Il est pourtant insuffisant de dire que cette résistance aux pouvoirs publics est respectable. Protestation d'hommes atteints dans leur honneur et dans la juste idée qu'ils se font de la vérité, elle a une signification qui dépasse les circonstances dans lesquelles elle s'est affirmée et qu'il importe de ressaisir, quelle que soit l'issue des événements.

Pour les Algériens, la lutte poursuivie, soit par des moyens militaires, soit par des moyens diplomatiques, ne comporte aucune équivoque. C'est une guerre d'indépendance nationale. Mais, pour les Français, quelle en est la nature ? Ce n'est pas une guerre étrangère. Jamais le territoire de la France n'a été menacé. Il y a plus : elle est menée contre des hommes que l'Etat affecte de considérer comme français, mais qui, eux, luttent précisément pour cesser de l'être. Il ne suffirait même pas de dire qu'il s'agit d'une guerre de conquête, guerre impérialiste, accompagnée par surcroît de racisme. Il y a de cela dans toute guerre, et l'équivoque persiste.

En fait, par une décision qui constituait un abus fondamental, l'Etat a d'abord mobilisé des classes entières de citoyens à seule fin d'accomplir ce qu'il désignait lui-même comme une besogne de police contre une population opprimée, laquelle ne s'est révoltée que par un souci de dignité élémentaire, puisqu'elle exige d'être enfin reconnue comme communauté indépendante.

Ni guerre de conquête, ni guerre de "défense nationale", ni guerre civile, la guerre d'Algérie est peu à peu devenue une action propre à l'armée et à une caste qui refusent de céder devant un soulèvement dont même le pouvoir civil, se rendant compte de l'effondrement général des empires coloniaux, semble prêt à reconnaître le sens.

C'est, aujourd'hui, principalement la volonté de l'armée qui entretient ce combat criminel et absurde, et cette armée, par le rôle politique que plusieurs de ses hauts représentants lui font jouer, agissant parfois ouvertement et violemment en dehors de toute légalité, trahissant les fins que l'ensemble du pays lui confie, compromet et risque de pervertir la nation même, en forçant les citoyens sous ses ordres à se faire les complices d'une action factieuse et avilissante. Faut-il rappeler que, quinze ans après la destruction de l'ordre hitlérien, le militarisme français, par suite des exigences d'une telle guerre, est parvenu à restaurer la torture et à en faire à nouveau comme une institution en Europe ?

C'est dans ces conditions que beaucoup de Français en sont venus à remettre en cause le sens de valeurs et d'obligations traditionnelles. Qu'est-ce que le civisme, lorsque, dans certaines circonstances, il devient soumission honteuse ? N'y a-t-il pas de cas où le refus est un devoir sacré, où la "trahison" signifie le respect courageux du vrai ? Et lorsque, par la volonté de ceux qui l'utilisent comme instrument de domination raciste ou idéologique, l'armée s'affirme en état de révolte ouverte ou latente contre les institutions démocratiques, la révolte contre l'armée ne prend-elle pas un sens nouveau ?

Le cas de conscience s'est trouvé posé dès le début de la guerre. Celle-ci se prolongeant, il est normal que ce cas de conscience se soit résolu concrètement par des actes toujours plus nombreux d'insoumission, de désertion, aussi bien que de protection et d'aide aux combattants algériens. Mouvements libres qui se sont développés en marge de tous les partis officiels, sans leur aide et, à la fin, malgré leur désaveu. Encore une fois, en dehors des cadres et des mots d'ordre préétablis, une résistance est née, par une prise de conscience spontanée, cherchant et inventant des formes d'action et des moyens de lutte en rapport avec une situation nouvelle dont les groupements politiques et les journaux d'opinion se sont entendus, soit par inertie ou timidité doctrinale, soit par préjugés nationalistes ou moraux, à ne pas reconnaître le sens et les exigences véritables.

Les soussignés, considérant que chacun doit se prononcer sur des actes qu'il est désormais impossible de présenter comme des faits divers de l'aventure individuelle, considérant qu'eux-mêmes, à leur place et selon leurs moyens, ont le devoir d'intervenir, non pas pour donner des conseils aux hommes qui ont à décider personnellement face à des problèmes aussi graves, mais pour demander à ceux qui les jugent de ne pas se laisser prendre à l`équivoque des mots et des valeurs, déclarent :

  • Nous respectons et jugeons justifié le refus de prendre les armes contre le peuple algérien.

     

  • Nous respectons et jugeons justifiée la conduite des Français qui estiment de leur devoir d'apporter aide et protection aux Algériens opprimés au nom du peuple français.

     

  • La cause du peuple algérien, qui contribue de façon décisive à ruiner le système colonial, est la cause de tous les hommes libres.

Les signataires du manifeste:

Arthur Adamov, Robert Antelme, Georges Auclair, Jean Baby, Hélène Balfet, Marc Barbut, Robert Barrat, Simone de Beauvoir, Jean-Louis Bedouin, Marc Beigbeder, Robert Benayoun, Maurice Blanchot, Roger Blin, Arsène Bonnefous-Murat, Geneviève Bonnefoi, Raymond Borde, Jean-Louis Bory, Jacques-Laurent Bost, Pierre Boulez, Vincent Bounoure, André Breton, Guy Cabanel, Georges Condominas, Alain Cuny, Dr Jean Dalsace, Jean Czarnecki, Adrien Dax, Hubert Damisch, Bernard Dort, Jean Douassot, Simone Dreyfus, Marguerite Duras, Yves Ellouet, Dominique Eluard, Charles Estienne, Louis-René des Forêts, Dr Théodore Fraenkel, André Frénaud, Jacques Gernet, Louis Gernet, Edouard Glissant, Anne Guérin, Daniel Guérin, Jacques Howlett, Edouard Jaguer, Pierre Jaouen, Gérard Jarlot, Robert Jaulin, Alain Joubert, Henri Krea, Robert Lagarde, Monique Lange, Claude Lanzmann, Robert Lapoujade, Henri Lefebvre, Gérard Legrand, Michel Leiris, Paul Lévy, Jérôme Lindon, Eric Losfeld, Robert Louzon, Olivier de Magny, Florence Malraux, André Mandouze, Maud Mannoni, Jean Martin, Renée Marcel-Martinet, Jean-Daniel Martinet, Andrée Marty-Capgras, Dionys Mascolo, François Maspero, André Masson, Pierre de Massot, Jean-Jacques Mayoux, Jehan Mayoux, Théodore Monod, Marie Moscovici, Georges Mounin, Maurice Nadeau, Georges Navel, Claude Ollier, Hélène Parmelin, José Pierre, Marcel Péju, André Pieyre de Mandiargues, Edouard Pignon, Bernard Pingaud, Maurice Pons, J.-B. Pontalis, Jean Pouillon, Denise René, Alain Resnais, Jean-François Revel, Paul Revel, Alain Robbe-Grillet, Christiane Rochefort, Jacques-Francis Rolland, Alfred Rosner, Gilbert Rouget, Claude Roy, Marc Saint-Saëns, Nathalie Sarraute, Jean-Paul Sartre, Renée Saurel, Claude Sautet, Jean Schuster, Robert Scipion, Louis Seguin, Geneviève Serreau, Simone Signoret, Jean-Claude Silbermann, Claude Simon, René de Solier, D. de la Souchère, Jean Thiercelin, Dr René Tzanck, Vercors, Jean-Pierre Vernant, Pierre Vidal-Naquet, J.-P. Vielfaure, Claude Viseux, Ylipe, René Zazzo.

 

Liens:...............................................................................................................................................
Ils s'engageaient contre la guerre d'Algérie.
Ces «traîtres» qui sauvèrent l'honneur de la France
Le Monde Diplomatique: Algérie

Cela nous a prémunis contre la haine. Par Ahmed BEN BELLA.

http://www.monde-diplomatique.fr/2000/09/BEN_BELLA/14236

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L' Appel du 1er Novembre 1954 - Plate-forme de la Soummam- Les Accords d'Evian...

 

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