LITTÉRATURE DU MONDE

 

 
L'impossible
Je meurs d'espoir
d'embrasement je meurs
Je meurs pendu
égorgé je meurs
mais je ne dis point:
Notre amour est fini et mort
Non
Notre amour est impérissable
In. Rien qu'une autre année. Ed. De Minuit. Paris 1983

Rita et le fusil
 
entre Rita et mes yeux, un fusil
et celui qui connaît Rita se prosterne
adresse une prière
à la divinité qui rayonne dans ses yeux de miel
 
moi, j’ai embrassé Rita
quand elle était petite
je me rappelle comment elle se colla contre moi
et de sa plus belle tresse couvrit mon bras
je me rappelle Rita
ainsi qu’un moineau se rappelle son étang
 
Ah Rita
entre nous, mille oiseaux mille images
d’innombrables rendez-vous
criblés de balles
 
le nom de Rita prenait dans ma bouche un goût de fête
dans mon sang le corps de Rita était célébration de noces
deux ans durant, elle a dormi sur mon bras
nous prêtâmes serment autour du plus beau calice
et nous brûlâmes
dans le vin des lèvres
et ressuscitâmes
 
Ah Rita
quoi a pu éloigner mes yeux des tiens
hormis le sommeil
et les nuages de miel
avant que ce fusil ne s’interpose entre nous
 
il était une fois
O silence du crépuscule
au matin, ma lune a émigré, loin
dans les yeux couleur de miel
la ville
a balayé tous les aèdes, et Rita
entre Rita et mes yeux, un fusil
 
                                                                                            Traduit de l’arabe par Abdellatif Laâbi
                                                                                            Rien qu’une autre année. Editions de Minuit, 1983
Lire: Identité Ahmad Al Arabi (Poèmes)

L'écrivain et poète libanais Gibran Khalil Gibran, par lui même

 

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Le Prophète (PDF)

Gibran Khalil Gibran. (1883-1931)

1. Les enfants

Une femme qui tenait un nouveau-né contre son sein dit : parle-nous des enfants.
Il dit :
Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles du désir de la Vie pour elle-même.
Ils passent par vous mais ne viennent pas de vous,
Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.
Vous pouvez leur donner votre amour, mais pas vos pensées.
Car ils ont leurs propres pensées.
Vous pouvez loger leurs corps, mais pas leurs âmes.
Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter, pas même en rêve.
Vous pouvez vous efforcer d'être semblables à eux, mais ne cherchez pas à les rendre semblables à vous,
Car la vie ne revient pas en arrière et ne s'attarde pas avec le passé.
Vous êtes les arcs à partir desquels vos enfants, telles des flèches vivantes, sont lancés.
L'Archer vise la cible sur la trajectoire de l'infini, et Il vous courbe de toutes ses forces afin que les flèches soient rapides et leur portée lointaine.
Puisse votre courbure dans la main de l'Archer être pour l'allégresse,
Car de même qu'Il chérit la flèche en son envol, Il aime l'arc aussi en sa stabilité.

2. L'amitié

Et un jeune dit : parle-nous de l'amitié.
Et il répondit, disant :
Votre ami est votre besoin qui a trouvé une réponse.
Il est le champ que vous semez avec amour et moissonnez avec reconnaissance.
Il est votre table et votre foyer.
Car vous venez à lui avec votre faim, et vous cherchez en lui la paix.
Lorsque votre ami parle de ses pensées vous ne craignez
pas le "non" de votre esprit, ni ne refusez le "oui".
Et quand il est silencieux votre coeur ne cesse d'écouter son coeur;
Car en amitié, toutes les pensées, tous les désirs, toutes les attentes naissent et sont partagés sans mots, dans une joie muette.
Quand vous vous séparez de votre ami, ne vous désolez pas;
Car ce que vous aimez en lui peut être plus clair en son absence, comme la montagne pour le randonneur est plus visible vue de la plaine.
Et qu'il n'y ait d'autre intention dans l'amitié que l'approfondissement de l'esprit.
Car l'amour qui cherche autre chose que la révélation de son propre mystère n'est pas l'amour, mais un filet jeté au loin : et ce que vous prenez est vain.
Et donnez à votre ami le meilleur de vous-même.
Et s'il doit connaître le reflux de votre marée, laissez le connaître aussi son flux.
Car qu'est-ce que votre ami si vous venez le voir avec pour tout présent des heures à tuer ?
Venez toujours le voir avec des heures à faire vivre.
Car il est là pour remplir vos besoins, et non votre néant.
Et dans la tendresse de l'amitié qu'il y ait le rire et le partage des plaisirs.
Car dans la rosée de menues choses le coeur trouve son matin et sa fraîcheur.

3. L'amour

Alors al Mitra dit : parle-nous de l'amour.
Il leva la tête et regarda la foule sur laquelle un grand silence s'était abattu. D'une voix assurée, il dit:
Quand l'amour vous fait signe, suivez-le,
Bien que ses chemins soient raides et ardus.
Et quand il vous enveloppe de ses ailes, cédez-lui,
Même si l'épée cachée dans ses pennes vous blesse,
Et quand il vous parle, croyez en lui,
Même si sa voix brise vos rêves comme le vent du nord dévastant un jardin.
Car si l'amour vous couronne, il vous crucifie aussi. Et s'il est pour votre croissance, il est aussi pour votre élagage.
De même qu'il s'élève à votre hauteur pour caresser vos plus tendres branches frémissant dans le soleil,
Il descend jusqu'à vos racines et les secoue de leur adhérence à la terre.
Telles des gerbes de blé, il vous ramasse et vous serre contre lui.
Il vous vanne pour vous dénuder.
Il vous tamise pour vous libérer de votre enveloppe.
Il vous pile jusqu'à la blancheur.
Il vous pétrit jusqu'à vous rendre malléables;
Puis il vous assigne à son feu sacré afin que vous deveniez pain sacré au festin sacré de Dieu.
Tout cela, l'amour vous le fait subir afin que vous connaissiez les secrets de votre coeur et, au travers de cette connaissance, deveniez fragment du coeur de la Vie.
Mais si, pusillanimes, vous ne recherchiez que la paix de l'amour et sa volupté,
Mieux vaudrait pour vous couvrir votre nudité et sortir de l'aire de l'amour,
Pour pénétrer dans le monde sans saisons en lequel vous rirez, mais pas de tout votre rire, et pleurerez, mais pas de toutes vos larmes.
L'amour ne donne que de lui même et ne prend que de lui-même.
L'amour ne possède pas et ne saurait être possédé.
Car l'amour suffit à l'amour.
Lorsque vous aimez, vous ne devriez pas dire : "Dieu est dans mon coeur", mais plutôt : "Je suis dans le coeur de Dieu."
Et ne croyez pas qu'il vous appartienne de diriger le cours de l'amour, car c'est l'amour, s'il vous en juge dignes, qui dirigera le vôtre.
L'amour n'a d'autre désir que de s'accomplir.
Mais si vous aimez et ne pouvez échapper aux désirs, qu'ils soient ceux-ci :
Vous dissoudre et être comme l'eau vive d'un ruisseau chantant sa mélopée à la nuit,
Connaître la douleur d'une tendresse excessive,
Recevoir la blessure de votre conception de l'amour,
Perdre votre sang volontiers et avec joie,
Vous réveiller aux aurores, le coeur ailé, et rendre grâces pour une nouvelle journée d'amour,
Vous reposer à l'heure du méridien et méditer l'extase de l'amour,
Revenir à votre foyer le soir, avec gratitude,
Puis vous endormir avec au coeur une prière pour l'être aimé et sur vos lèvres un chant de louange.

D'autres extraits du Prophète disponibles sur: http://meltingpot.fortunecity.com/upper/560/index.htm

L.S.Senghor

Ecouter le poème récité par L.S.Senghor

 

 

 

Léopold SEDAR SENGHOR

Femme nue, femme noire
Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté
J'ai grandi à ton ombre; la douceur de tes mains bandait mes yeux
Et voilà qu'au coeur de l'Eté et de Midi,
Je te découvre, Terre promise, du haut d'un haut col calciné
Et ta beauté me foudroie en plein coeur, comme l'éclair d'un aigle
Femme nue, femme obscure
Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases du vin noir, bouche qui fait
lyrique ma bouche
Savane aux horizons purs, savane qui frémis aux caresses ferventes du
Vent d'Est
Tamtam sculpté, tamtam tendu qui gronde sous les doigts du vainqueur
Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l'Aimée
Femme nue, femme obscure
Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l'athlète, aux
flancs des princes du Mali
Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta
peau.
Délices des jeux de l'Esprit, les reflets de l'or rouge ta peau qui se moire
A l'ombre de ta chevelure, s'éclaire mon angoisse aux soleils prochains
de tes yeux.
Femme nue, femme noire
Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l'Eternel
Avant que le destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les
racines de la vie.

Extrait de  " Oeuvres Poétiques"  Ed.Le Seuil

Rudyard Kipling

Ecouter le poème

Rudyard Kipling (1865-1936)

Si...

(en version anglaise: If...)
(Une autre traduction, plus proche de l'oeuvre originale est disponible : Si...)

Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre d'un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir;
Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre;

Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d'un seul mot;
Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi;

Si tu sais méditer, observer et connaître
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur;
Rêver, mais sans laisser le rêve être ton maître,
Penser sans n'être qu'un penseur;
Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent;
Si tu sais être bon, si tu sais être sage
Sans être moral ni pédant;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,
Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un homme, mon fils.

La traduction mise en vers du poème If... de Rudyard Kipling est de Paul Eluard.

Poète Turc Nazim Hikmet

Nazim HIKMET (Poète turc 1902-1963) 

Les ennemis
Ils sont les ennemis de l'espoir ma bien-aimée
De l'eau qui ruisselle, de l'arbre à la saison des fruits,
            de la vie qui pousse et s'épanouit.
Car leur front marqué du sceau de la mort,
            - dent pourrie,  chair décomposée -
            ils vont disparaître à jamais.
Et bien, sûr ma bien-aimée, bien sûr,
            Sans maître et sans esclaves
Ce beau pays deviendra un jardin fraternel!
Et dans ce beau pays la liberté
Ira de long en large
                     Magnifiquement vêtue
                              de son bleu de travail.
Ils sont les ennemis de Redjeb, tisserand à Brousse,
Les ennemis de Hassan, ajusteur à l'usine de Karabuk,
Les ennemis de la vielle Hatdjen , la paysanne pauvre,
Les ennemis de Suleyman, l'ouvrier agricole,
Les ennemis de l'homme que je suis, que tu es,
Les ennemis de l'homme qui pense.
Mais la patrie est la maison de ces gens-là,
Ils sont donc ennemis de la patrie, ma bien-aimée.
 
Nos bras sont des branches chargées de fruits,
L'ennemi les secoue, l'ennemi nous secoue jour et nuit,
Et pour nous dépouiller plus facilement, plus tranquillement,
Il ne met plus la chaîne à nos pieds,
Mais à la racine même de nos têtes, ma bien-aimée.
                                                                                     In. POEMES. 1948.

La plus drôle des créatures.
Comme le scorpion, mon frère
Tu es comme le scorpion
Dans une nuit d'épouvante.
Comme le moineau, mon frère.
Tu es comme le moineau
Dans ses menues inquiétudes.
Comme la moule, mon frère,
Tu es comme la moule
Enfermée et tranquille
Tu es terrible,   mon frère,
Comme la bouche d'un volcan éteint.
Et tu n'es pas un. hélas
Tu n'es pas cinq,
Tu es des millions.
Tu es comme le mouton, mon frère.
Quand le bourreau lève son bâton
Tu te hâtes de rentrer dans le troupeau
Et tu vas à l'abattoir en courant, presque fier.
Tu es la plus drôle des créatures, en somme.
Plus drôle que le poisson
Qui vit dans la mer sans savoir la mer.
Et s'il y a tant de misère sur terre
C'est grâce à toi, mon frère,
Si nous sommes affamés, épuisés,
Si nous sommes écorchés jusqu'au sang,
Pressés comme la grappe pour donner notre vin,
Irai-je jusqu'à dire que c'est de ta faute, non.
Mais tu y es pour beaucoup, mon frère.
                                                                       Nazim HIKMET
                                                                       In. C’est un dur métier que l’exil.

Aimé Césaire

HORS DES JOURS ETRANGERS
mon peuple quand
hors des jours étrangers
germeras-tu une tête tienne sur tes épaules renouées
et ta parole
le congé dépêché aux traîtres
aux maîtres
le pain restitué la terre lavée
la terre donnée
quand
quand donc cesseras-tu d'être le jouet sombre
au carnaval des autres
ou dans les champs d'autrui
l'épouvantail désuet
demain
à quand demain mon peuple
la déroute mercenaire
finie la fête
mais la rougeur de l'est au coeur de balisier
peuple de mauvais sommeil rompu
peuple d'abîmes remontés
peuple de cauchemars domptés
peuple nocturne amant des fureurs du tonnerre
demain plus haut plus doux plus large
et la houle torrentielle des terres
à la charrue salubre de l'orage

Aimé CESAIRE. "Ferrements"

 

Cahier d'un retour au pays natal

(PDF)

 

Nizar Qabbani (1923-1998) est le poète qui a consacré sa vie à magnifier dans ses poèmes la beauté de la femme arabe. Celle-ci est Balkis, sa bien-aimée; elle est aussi sa quête, sa cause, sa liberté, sa patrie, sa révolte, sa révolution...

O ma bien aimée,
Qu'est-ce donc que cette patrie
Qui se comporte avec l'Amour
En agent de la circulation ? Cette patrie qui considère que la Rose
Est un complot dirigé contre le régime,
Que le Poème est un tract clandestin
Rédigé contre le régime ?
Qu'est-ce donc que ce pays
Façonné sous forme de criquet pèlerin
Sur son ventre rampant
De l'Atlantique au Golfe
Et du Golfe à l'Atlantique,
Parlant le jour comme un saint
Et qui, la nuit tombant,
Est pris de tourbillon
Autour d'un nombril féminin ?

Qu'est-ce donc cette patrie
Qui exerce son infamie
Contre tout nuage de pluie chargé,
Qui ouvre une fiche secrète
Pour chaque sein de femme,
Qui établit un PV de police
Contre chaque rose ?
De l'Alphabet de ton corps
Restera analphabète sa vie durant…

 

Nizar Qabbani est né en 1923, diplômé en 1945 de la faculté de droit de Damas, il opte pour la carrière diplomatique, occupant jusqu'en 1966 les postes de chargé d'affaires et de conseiller culturel dans les ambassades syriennes d'Egypte, de Turquie, de Chine et d'Espagne. Il publie son premier recueil de poèmes, «La brunette m'a dit» en 1944. Suit «L'odeur du jasmin de Damas». En 1952, c'est la parution de «La jeunesse d'un saint». Poète des causes sociales, il compose la même année un poème qui fait scandale, «Du pain, du haschich et la lune». Fait unique, le Parlement syrien se réunit pour juger des écrits de Qabbani qualifié d'«athée provocateur, indigne de représenter son pays à l'étranger». En 1967, suite à la déroute arabe, il publie «En marge du journal de la défaite». Engagé politiquement, il écrit cette auto-critique de l'indétermination du monde arabe et de ses nombreuses erreurs. Quand on lui reprochait la dureté avec laquelle il critiquait les Arabes, il disait «âkher el daa' al kay», le dernier remède c'est la cautérisation par le feu. Installé à Beyrouth au milieu des années soixante, il disait ressentir «une immense tristesse en voyant tout le mal qu'on fait» à cette ville. Dans une interview à «L'Orient-Le-Jour» en 1977, à l'occasion de la parution de «A Beyrouth la femme, avec mon amour», il indiquait: «Je vis à Beyrouth depuis dix ans. Elle est pour moi la mère, l'amie et l'aimée. Et il n'est pas aisé de garder son calme et son équilibre lorsqu'on voit son aimée brûler devant soi d'une manière gratuite et absurde». Il poursuivait, «ce livre est un cri! Il est la défense d'une ville qui m'a donné quelque chose de très important, la poésie. (...) Quoi que l'on puisse dire de Beyrouth, elle reste une femme poétiquement provocante. On peut certes lui reprocher d'être superficielle et de s'embellir d'une mince couche de vernis. Mais outre cet attrait épidermique, je lui vois, pour ma part, une sainteté poétique. C'est celle de Beyrouth des profondeurs, Beyrouth qui lit et écrit, Beyrouth de la liberté. C'est une ville qui reste prodigue en liberté, au moment où il n'existe plus de liberté ailleurs, au moment où la liberté est devenue orpheline. Aucune autre ville au monde ne peut remplacer Beyrouth-qui-pense. Et c'est là son plus bel atour. Quand, dans cette ville, les maisons d'édition ont fermé leurs portes, le livre arabe a connu une crise. Et le monde arabe a eu faim et soif...»
Marié deux fois, il eut deux enfants de son premier mariage: Toufik et Hadba. Sa seconde épouse Balkis, irakienne, avait trouvé la mort dans l'explosion de l'ambassade d'Irak à Beyrouth en 1981. Il en avait eu également deux enfants, Omar et Zeïnab.
La femme était pour lui la compagne, l'inspiratrice, l'égale. «Je me suis rendu compte que la femme était plus qu'une poupée ou un objet décoratif. A partir de ce moment, j'ai commencé à l'appeler dans mes poèmes «ya sadikati» (mon amie) plutôt que «ya habibati» (mon amour)» disait-il.
Dans son dernier recueil intitulé «La lumière de l'amour», il met en garde les Arabes: «Nous n'entrerons jamais dans le club des (peuples) civilisés si la femme, d'un morceau de chair, ne devienne un champ de fleurs», et dénonce, d'une manière acerbe, une certaine image de la femme et un certain conservatisme arabe.
Toujours irrésistible, il était venu, une dernière fois à Beyrouth, en décembre 1995. A Londres, il tenait un salon littéraire, avec sa nièce Rana, poétesse et écrivain, première épouse de Mahmoud Darwiche, actuellement mariée à l'écrivain anglais Patrick Seale.
Jamais indifférent à ce qui se passait dans la région, il a dit sa peine face à Beyrouth qui se déchirait et son admiration pour les enfants de Palestine dans «Trio pour les enfants de pierre».«Ils ont magnifié le monde. Comme des lanternes, ils ont tout éclairé. Ils sont venus comme la bonne nouvelle. Ils se sont soulevés. Ils ont explosé. Ils sont morts. Et nous sommes restés des ours polaires. Au corps blindé contre la chaleur...»
«Doukkou al touboul», demandait-il... pour qu'au rythme grave du tambour, l'âme des poètes sur terre égarée rejoigne les étoiles.

Nezar Qabbani s'est éteint à l'âge de 75 ans, le 1er mai 1998.
A sa mort, Mahmoud Darwish  avait écrit dans les pages de Al-ahram Weekly : "il n'était pas seulement le poète des femmes, en fait, il était le poète de tous".

Ses poèmes sont interprétés par plusieurs chanteurs  arabes notamment Oum Kaltoum, Faïrouz, Abdelhalim Hafez, Qassem As-Saher et Majda Roumi ...

 

Partage avec moi le café du matin
Et ne t'ensevelis pas dans la noire tristesse
De l'irrésolution !
Je suis ton voisin, Ô Dame mienne,
Et les collines elles-mêmes prennent des nouvelles
De leur voisines.
Qui suis-je ? … Laisse de côté
Les questions. Je suis
Une esquisse à la recherche des couleurs
Qui la feront exister…


Plus politiques sont les vers suivants :


Nous survivons depuis cinq milles ans
Dans un souterrain

Ô mes amis, essayez de briser les portes
De laver vos idées et vos habits
Ô mes amis…
Essayez de lire un livre, d'écrire un livre,
De semer des mots, des grenadiers et des raisins
De voyager aux pays de la neige et des brumes…
Les gens vous ignorent,
A l'extérieur du souterrain
Les gens vous croient être
Une espèce de chacals…

 

Lien:Site dédié à Nizar Quabbani:     

www.nizar.net/

http://www.elmandjra.org/nizar.htm 

Le chef

Je veux être le chef
Je veux être le chef
Est-ce que je peux ?
Je peux ? Je peux ?

C'est vrai ? C'est sûr ?
Hourra, je suis le chef
Je suis le chef
Bon alors, qu'est ce qu'on doit faire ?

Roger MCGough, poète anglais

Thomas Stearns Eliot

Thomas Stearns Eliot
Saint Louis 1888 - Londres 1965
Écrivain britannique d'origine américaine.
Poète, essayiste et auteur dramatique, il évolua d'une critique de la société moderne à travers les mythes antiques (la Terre Gaste, 1922) vers un catholicisme mystique (Meurtre dans la cathédrale, 1935). [Prix Nobel 1948.]

Le Petit Larousse  2001

 

Un univers de symboles
Nous ne cesserons pas notre exploration
Et le terme de notre quête
sera d'arriver là d'où nous étions partis
Et de savoir le lieu pour la première fois.
A travers la grille inconnue, remémorée
quand le dernier morceau de terre à découvrir
sera celui par quoi nous avions commencé;
A la source du plus long fleuve
La voix de la cascade celée
et les enfants dans le pommier
Non sus parce que non cherchés
Mais perçus, à demi perçus dans le silence
Entre deux vague de la mer.
Vite, ici, maintenant, toujours-
Une simplicité complète
(Ne coûtant rien de moins que tout)
Et toute chose sera bien
Toute manière de chose sera bien
Lorsque les langues flamboyantes
S'inféchiront dans la couronne
Du noeud ardent et que le feu
Et la rose ne feront qu'un.

Biographie du poète:

Né à Saint-Louis (États-Unis) en 1888, Thomas Stearns Eliot, fasciné parles traditions culturelles et littéraires de l'Europe, fait des études de philosophieà l'université d'Harvard puis à Oxford et à la Sorbonne (1911). Il s'installe à Londres dès 1914 et devient citoyen britannique en 1927. Nourri de Dante, des poètes métaphysiques anglais, de Baudelaire, Mallarmé, Jules Laforgue, il traduit en anglais Anabase, de Saint-John Perse (1930). D'une oeuvre poétique de peu de volume, mais dense et chargée de symboles, il faut retenir les Premiers poèmes (1910-1920), La Terre vaine (1921-1922), qui devait exercer sur toute la poésie anglaise une influence considérable, Les Hommes creux (1925), Mercredi des cendres (1930), les Poèmes d’Ariel (1927-1930), Quatre quatuors (1935-1943). Elle est en grande partie traduite en français.

Son théâtre lui vaut également une grande notoriété. Meurtre dans la cathédrale (1935) est représenté par Jean Vilar au Théâtre du Vieux­Colombier en 1945; devaient suivre : La Réunion de famille, (1939); La Cocktail-Party (1950), L'Employé de confiance (1954), L'Homme d'État âgé (1958).

Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1948 et meurt à Londres, en 1965.

L'oeuvre de T. S. Eliot, variée, diverse, a connu en France, comme en pays anglo-saxon, un succès inattendu. Car c'est une oeuvre précieuse où sont traités dans un style de virtuose des sujets graves, une psychologie, une philosophie très élaborées. A ce titre Eliot se situe dans la grande tradition de la poésie orphique ou pindarique

Rainer Maria RILKE

Prague 1875 - Montreux 1926
Écrivain autrichien.
 Il passa du symbolisme à la recherche de la signification concrète de l'art et de la mort dans ses poèmes (le Livre d'heures, 1905 ; Élégies de Duino, Sonnets à Orphée, 1923) et son roman (les Cahiers de Malte Laurids Brigge, 1910). Il fut un temps secrétaire de Rodin.

Le Petit Larousse   2001

 

« ... Vers la fête absolue »

Oh! va et viens. Toi, si près de l'enfance encore,

parachève, pour un instant la figure de danse

en la pure constellation de l'une de ces danses

où nous surpassons, nous, faits pour passer,

 

la sourde ordonneuse nature. Elle, en effet,

ne s'émut en entier qu'en entendant le chant d'Orphée.

Tu étais, toi, celle encor de naguère émue ici,

surprise un peu, quand après une longue réflexion,

 

un arbre, avec toi, se prit à aller d'après l'oreille.

Tu connaissais toujours cette place où la lyre

 retentissante se levait; - le centre fabuleux.

 

Tes plus beaux pas, tu les tentas pour elle,

et tu avais l'espoir, une fois, de tourner

la face et les pas de l'ami vers la fête absolue.

         

Les Sonnets à Orphée, Ed. du Seuil.

 

Liens:

http://www.jehat.com/Jehaat/Fr/

 
 

POÉSIE  FRANÇAISE           GASTON MIRON (Poète Québécois)       Pablo Neruda

LITTERATURE ET POESIE ALGERIENNES

LITTERATURE ET POESIE PALESTINIENNES              Marcel Khalifa

Poésie mystique: Djallal Ud-dine Rûmi  /   Contes d'Attar     /   Emir Abdelkader       /      L.S.Senghor

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