Oasis /Clin d'oeil:Poésie
 
 
 

Extrait du Recueil Concorde. Ed. Asso-Clapàs.France

 
"Rentrez en vous même. Cherchez la raison, qui au fond, vous commande d'écrire (...). Creusez en vous même jusqu'à trouver la réponse la plus profonde (...). Et si de ce retournement vers l'intérieur, de cette plongée dans votre propre monde, des vers viennent à surgir, vous ne penserez pas à demander à quiconque si ce sont de bons vers." 
Rainer Maria Rilke. In Lettres à un jeune poète. Ed.Gallimard/Poésie,Paris 1993

Halima BENMERIKHI est une jeune poétesse Algérienne. Elle est enseignante au lycée Ben Boulaïd à Batna. A travers sa poésie, elle donne un témoignage poignant de ce qu'elle vit au quotidien dans ce si beau pays, l'Algérie. Elle enseigne dans la simplicité des jours qui se poursuivent, si inégaux et si loin des dieux, une tolérance, un respect et un amour de sa citoyenneté de femme... Halima a  travaillé comme journaliste dans différents journaux algériens (Le Soir d'Algérie, Horizons, Détective) et a également collaboré avec des revues étrangères telles que Visage du 21è siècle, Mes sages poétiques...
La jeune poétesse a participé à plusieurs rencontres poétiques et avait reçu plusieurs distinctions dont "Le prix de l'Amitié en poésie" décerné par le Cercle Européen de la poésie en 2002.
Elle est l'auteur de:
* Les ailes de l'Espoir. Ed. Asso-Clapàs. 1999
* Etrange Annonce.  Ed. Asso-Clapàs. 2000
* Concorde. Ed. Asso-Clapàs. 2001
Paul Verlaine
Prolongation

 

Je voudrais que ma joie
se prolonge dans d'autres joies
Pour couvrir l'Algérie.
Je voudrais que mes yeux
S'ouvrent dans d'autres yeux
Pour sauvegarder la Vie.
Je voudrais que mes sourires
S'agrandisssent dans d'autre sourires
Pour illuminer mon pays.
Je voudrais que cessent les pleurs
Avec les autres PLEURS
Pour faire taire l'ennui.
Je voudrais que ma main
Tienne les autres MAINS
Pour rappeler qu'il nous faut
Etre UNIS...
Je voudrais refaire le monde
Dans ma pauvre tête!
Dire à qui peut me comprendre.
A qui veut m'entendre
Qu'il faut beaucoup:
Des coeurs qui s'aiment éternellement
Et une TERRE qui réunit!
Prêt
Au petit ange, inconnu, qui m'a offert une
fleur un jour d'orage.
 
Prête-moi tes rires et tes sourires,
Mélodies d'insouciances:
Pour meubler mes journées tristes,
Prête-moi, tes lèvres vermeilles
Pour embrasse mes rêves et ma vie
Sans un jour les trahir.
Prête-moi ton coeur.
Chaste et vaste océan.
Pour aimer sans avoir peur.
Prête-moi ta vie indifférente.
Tes bonbons et tes jouets
Pour conjuguer mes jours
Sur le rythme de l'innocence.
Prête-moi tes douces mains
Qui par une rose
M'offraient un brin de joie
Pour consolider ma jeunesse.
Prête-moi tes yeux joyeux
Aux regards ensorceleurs
Pour revoir ton visage angélique
Pour me souvenir qu'un jour
Je fus enfant aimé de Dieu.
In. Etrange annonce. Editions Associatives CLAPàS. Aguessac. France
              http://www.multimania.com/clapaspoesie

Récit:

Le  messager

Le jour s'exilant au ventre de la nuit - tel un oiseau qui rejoint son nid - laissait toute la ville inerte. Le ciel étoilé  figeait toute les formes d'expressions… son charme angélique poussait  à la tristesse ! Pensais-je cette nuit là.

Cette fameuse nuit, j'étais debout devant la fenêtre  que j'ai largement ouverte. Dans la chambre, l'air pénétrait, comme une tendre  caresse  printanière. La nuit était douce et calme … Son calme ferait vomir toute la violence qu’il y a dans l’univers. Pas très loin de l’endroit où je me trouvais, sur une petite table,  il y avait une pile de journaux, un crayon brisé en deux et par terre gisaient quelques feuilles blanches.

Mes yeux fixaient étrangement  le  vaste  ténébreux, comme cherchant de miraculeuses réponses à mes folles interrogations. Je réfléchissais  à tous les événements du jour. Le pourquoi, le pour qui  et le comment  assommaient et cahotaient  en mon esprit toute tentative d’assimilation. Je devenais  dépourvue de raisonnement. Et la colère que je portais en moi, pareil à un enfant indésirable, ne faisait qu'augmenter  mon désarroi. Malgré la douceur  magique de la nuit, je ne pouvais m'empêcher de haïr… haïr de toutes mes forces. En côtoyant le malheur au quotidien, on ne peut qu'oublier le visage de l‘amour ! C‘est pourquoi, mes regards s'évadèrent aussi loin que possible  de la haine et le désarroi, qui telle de mauvaises herbes me dévastaient. En fait, ce soir là je pensais à tout et à rien jusqu'à ce que mes regards tremblèrent d'émotion, sous le charme d'une scène étrange!

Tout mon être fut émouvante ce soir là.

Sur une branche d'arbre se posa un magnifique pigeon d'une blancheur peu ordinaire, si beau telle l'innocence. Et pendant quelques secondes, il se tenait là immobile, avec une grâce indescriptible !

Le pigeon avait autour du cou un superbe médaillant, dégageant une lueur puissante qui se reflétait dans ses yeux, émeraudes vertes. A cette instant, les yeux du fameux pigeon qui auparavant observaient l‘horizon, se retournèrent vers moi. Je sentais ses regards pesaient sur ma personne.

Une immense peur m'envahit. Les regards du oiseau étaient voilés de mots que je ne pouvais déchiffrer. Puis  un désir curieux s'empara  de moi. Malgré moi

 

Je voulais  être devant le pigeon. Et à l`instant même ou mon voeu fut prononcé, dans le tréfonds de mon âme, je fus comme transportée de ma chambre vers l'arbre sur laquelle se tenait l'oiseau. Ebranlée par ce qui vient de m'arriver, j'ai failli m'évanouir devant le bel oiseau. <<c'est étrange, mon apparition  soudaine ne semble point l'effrayer >>. pensais-je secrètement. Je suis restée quelques minutes devant le pigeon, sans oser prononcer le moindre mot. Celui-ci me dévisagea, puis s'adressa à moi d'une voix humaine :

- Ne soyez plus surprise, ni effrayée… je viens en ami d'un pays qui vous est connu.

J'avais le coeur palpitant vue ma stupéfaction et difficilement je prononçais ces mots :

     - Mais ... de quel pays me parlez-vous ? et pourquoi ? … en quoi ma pauvre personne vous intéresse-t-elle?

     - Je viens d'un pays sans limite, conçu par une bien belle liaison entre les mots et les sentiments ... j'arrive d'un pays ou le Mot  est  roi … je viens vous remettre une lettre.

     - C'est beau tout cela ! mais je ne vois aucune lettre avec vous.  

Délicatement, j`ouvre le médaillant, que le pigeon fit tomber par terre, et là j'y découvre la fameuse lettre cachée. Une fois celle-ci ouverte, il y avait écrit ceci :

 

                  <<  Chère amie,

   Tel un glissement vers le néant, deviennent tes heures de survie. Tu respires la terreur tout en blasphémant sur ce qui se tisse autour de toi. Devant le malheur qui frappe partout, tu t'agenouilles pour te recueillir sur la tombe de ceux qui avaient vécus honnêtement. Te revoilà  faible et toute ta faiblesse te rend aveugle. La flamme qui embellissait ton âme, soudain s'éteint !! Toutes les larmes se rencontrent dans tes yeux et nul  sourire ne  brille  de ton visage. Face aux maux, le silence t'habite. Chose étrange que de rester  muet, devant les injures et les injustices d'un frère humain !

      Tu tombes de plus en plus vers le bas et le cri s'étouffe chaque fois en toi ; car le SILENCE  hante  tes contours. Ton coeur devient silencieux, calme et insouciant. La haine te devance et le rêve  te trahit. Tu vis la désillusion du siècle.Tes discours s'éparpillent comme les feuilles  d'automne. Leur écho s'affaiblit en même temps que ta vie. Lâchement, tu te condamnes avant d'être condamnée et te voila descendant la toute dernière marche. Mais avant de livrer ton âme, souviens-toi que pour figer ton chagrin, il te faudra bien forger ton esprit. Lui imprégner pourquoi pas, la sagesse de nos aïeux. Aviver  ta force  d`antan, la force d`un mot. Fais trêve a tes pleurs il te va falloir exister autrement. >>.

                   

Ebranlée par les mots de cette lettre, je levai mes yeux vers le bel oiseau sur l'arbre perché et lui dis-je :

      - Tout est vrai dans ce que je viens de lire. Mais toi, qui es- tu, oh! Etrange oiseau qui parle si bien ? Es-tu un vieux rêve oublié ou un remord éveillé ?

L'oiseau rétorqua :

- Non !  Ma mie, je suis ton esprit, qui du gouffre force s'éveille pareil à un chant libèré. Je suis ta pensée barbelée… Amie, je suis ton mot ... m'aurais-tu renié?

 

Et soudain, le pigeon s’évanouit dans l'air sans trace aucune !

 

                                                                        Par Benmerikhi Halima.  Juin 1994.

 

Site de Halima Benmerikhi  http://www.bhalima.com

 

Blog d'un jeune poète: http://mens-divinior.blogspirit.com/  (Jolis poèmes dédiés à ses amours...)

Poésie Algérienne          Poésie Française        Poésie Palestinienne        Poésie Mystique

Accueil