A Jacqueline !

 

 

Je n'ai pas la parole
Encore aujourd'hui je ne dis pas toujours que je suis née là-bas, de peur que cela me desserve. De passer inaperçue, "non dévoilée", me permet encore dans mon travail ou ailleurs d'entendre des réflexions méprisantes envers ces Français d'Algérie qui ont apparemment, tous, tous les défauts des "coloniaux". Je suis responsable de quoi moi? Le mot "colon": c'est comme si on me donnait une gifle à chaque fois qu'on m'y associe, tellement il est dit de façon péjorative.
Ma douleur est de ne jamais avoir eu la parole ni du côté algérien ni du côté français. Parce qu'un arabe qui est mal reçu en France, il peut toujours se retourner vers une association contre le racisme et se sentir soutenu, solidaire. Nous, même pas. Ce sentiment de solitude, d'incompréhension, d'abandon du milieu où l'on vit, de la société dont on est issu est lourd à porter. Comme si on était sous éteignoir pour étouffer  notre flamme, (notre vécu).
                                                                                                      Martine Ségui-Gautier. Tarbes.

"Les plaies sont tellement à vif encore et des deux côtés, sans doute que ce n'est effectivement pas facile de trouver l'angle sous lequel aborder un sujet pareil. Si je peux te donner un avis de l'autre côté de la barrière (ou de la mer) je crois que le peuple algérien ne deviendra adulte que le jour où il nous réintègrera dans son Histoire...

L'Histoire officielle algérienne commence avant notre ère, s'interrompt en 1830 et reprend en 1962. Comme si les numides, les romains, les vandales, les arabes et les turcs (tous envahisseurs) faisaient partie de l'histoire de ce pays, mais pas les européens qui y ont vécu 130

ans, ni les juifs qui en étaient originaires.  Personnellement ma famille y a vécu 124 ans, six générations. A partir de combien de temps fait-on partie d'un pays ??? Pourtant nous les pieds noirs nous devions rester... d'après la plate forme de la Soummam, et jusqu'a la fin le FLN voulait que l'on reste. Pourquoi cette exclusion de votre histoire. Est-ce inconsciemment le remords de nous avoir chassés de notre terre natale qui fait que vous préférez faire comme si nous n'avions jamais existé. C'est freudien alors, pas politique!

Nous étions privilégiés par les lois françaises c'est indiscutable et comme tous les privilégiés nous tenions à nos privilèges mais notre histoire n'est pas aussi manichéenne que ce qui a été retenu. Et parmi les privilégiés il y avait aussi beaucoup d'algériens non?  Et puis combien d'hôpitaux, d'écoles, de routes, d'orphelinats les turcs ont ils construits? Comment ont ils traité le peuple ou plutôt les tribus algériennes? Pourquoi ne jamais en parler ?

Il faut distinguer ce qui est une propagande qui a servi de mythe fondateur à une nation de ce qui est vérités historiques. Je mets des S car je ne suis pas naïve ou malhonnête au point de croire qu'il n'existe qu'une vérité.

Mais l'Algérie colonie turque exploitée par les turcs on n'en parle jamais. Les aspects positifs de la présence française on n'en parle jamais....on n'a retenu que cette guerre, dont la violence est entrée dans chacun de nos pores... pour en faire une guerre franco-algérienne alors qu'elle a été aussi algéro-algérienne et franco-française...

Amour et Espoir

Quand aux  pieds noirs, les dindons de la farce, ils sont en train de disparaître les uns après les autres sans jamais s'être remis de cette perte. Ils n'en parlent plus puisque personne ne veut écouter ni ici, ni là-bas. Alors on croit qu'ils sont "intégrés". Sais-tu que ce terme "là-bas" est utilisé depuis 62 par tous les pieds-noirs, ils n'ont plus voulu prononcer le mot Algérie c'était trop douloureux, alors ils l'ont remplacé par "là bas"...Et puis les pieds-noirs ce n'était pas la France, c'était un peuple à part, entre les deux, multiculturel et multiracial avant la mode, c'est d'ailleurs ce que nous ont reproché les français, moi j'ai du sang de toutes les rives de la méditerranée même peut-être arabe qui sait (par les

espagnols ou les mahonnais)...et aujourd'hui on vit ici "intégrés" effectivement mais en ayant la tête et le coeur toujours là-bas dans un pays qui n'existe plus. Il n'y a que les arabes andalous à avoir eu la même histoire. La différence essentielle entre les andalous et nous c'est qu'ils ont été bien reçus par leurs frères du Maghreb... ça c'est une chose qu'il faudra que tu expliques, que nous sommes toujours mal perçus ici et que nous avons gardé une rancoeur terrible envers la France, envers le FLN aussi, mais pas envers le peuple algérien..."  Algériline

Ma Patrie
Ma patrie, où le ciel et la mer se ressemblent,
Est vêtue de soleil et noyée de bleu tendre
Et quand viennent les bateaux,
On les prend pour des oiseaux
Dans le bleu de l'horizon
Qui les confond

Ma patrie, où le ciel et la mer sont les mêmes,
Les affairent, elle et lui, comme un couple qui
Tous les deux, au matin, blancs comme les amandes,
Et le jour, tout éblouis
Frangés d'or et de chaleur
Tous les deux, reflétant les lumières qui tremblent
Des étoiles de minuit
Et des torches des pêcheurs

Ma patrie, où le ciel et la mer se ressemblent,
A, pour moi, dans la gorge, un orchestre qui chante
Un chant pur et fraternel
Dont les mots sont éternels,
Où je vais, le coeur tendu
Et les pieds nus

Ma patrie, où le ciel et la mer me rassurent
C'est, là-bas, un pays sans murs et sans armures
Et je vois rire une fiancée sur la plage
Elle attend au soleil fou
Elle court au rendez-vous
Où l'amour jaillira dans un élan sauvage
Comme un cri né sur la mer,
Comme un pin dans la lumière
Où l'amour nous fondra, tous les deux comme un bleu de mirage
Dans la mer et dans le ciel
Dans le ciel de ma patrie.
Enrico Macias

 

 

Si le rossignol quittait son jardin. Tout les jardins du monde Seraient à ses yeux, déserts. Georges Saideh. Call. H. Massousy

 

 

Enrico Macias

(né en 1938) De son vrai nom Gaston Ghrénassia, Enrico Macias est né au sein de la communauté juive de Constantine. « J’ouvre les yeux sur le violon de mon père » dira-t-il plus tard pour évoquer sa naissance et son enfance dans le berceau du « malouf ». Il eut comme il le dit lui-même une « scolarité chaotique ». Fait le lycée d’Aumale (1954) avant de partir en France en décembre 1958 à Fontainebleau et revenir deux ans plus tard bachelier avec des sentiments contradictoires ne sachant que faire au milieu d’une tragédie qui dure déjà depuis un peu plus de six ans. L’exécution en 1961 de Raymond Leyris, son maître de musique, son maître à penser et son beau-père, provoque en lui un profond désarroi accentué par l’exil. Gaston le petit juif de Constantine qui décida de devenir le « Tino Rossi des Pieds-Noirs » s’imposa par son travail et son talent comme l’une des plus grandes stars populaires de la chanson française. Après 40 ans passés en France, le poignant interprète de l’éternelle complainte « O quelles sont jolies les filles de mon pays » n’oublie rien de son pays natal et dans son récent livre « Mon Algérie », il parle de ses blessures et des malentendus concernant ses prises de position politiques. Il veut être un homme de paix et de réconciliation.

 

La maison était vide

Le 5 juillet 1962, je me réveillai le matin, après une courte nuit de sommeil suivant une veillée très animée, joyeuse, bruyante, scandée par les slogans : « Algérie algérienne, vive l’indépendance, vive l’Algérie ! », sur la terrasse de chez nous, en compagnie de mes frères et sœurs, avec les klaxons retentissants des automobiles. Je courus taper à la porte de nos voisins français, qui habitaient au premier étage de chez nous depuis que ma mémoire était en mesure d’enregistrer des souvenirs. Je dévalai les escaliers à toute vitesse pour voir si cette famille tant adorée depuis des années, composée des parents, de deux enfants (15, 16 ans) et de leur tante maternelle, 35 ans environ et toujours célibataire, aller bien. Je fus vraiment choquée de ne pas les retrouver, la maison était vide… Mon Dieu, que je me suis sentie seule !      Houria Ferhani. Alger

« Rappelle-toi, Hadj, c'était à Oran, en 1960 j'avais 4 ans. Nous habitions rue Gambetta, dans une grande maison partagée en trois logements, dans lesquels vivaient trois familles. Quel âge avais-tu ? Peut-être 7 ou 8 ans, tu étais un ‘grand' ! Il me reste quelques souvenirs de nos jeux, je garde de toi l'image d'un `grand frère' qui parlait fort, avec lequel je faisais des `batailles' de petites dattes sèches que l'on trouvait par terre dans le jardin. J'ai le souvenir d'un gamin sympathique, un peu déluré, arborant un beau sourire. Tu avais une soeur, Fatima, une jeune fille qui riait souvent. Je me revois avec elle dans le jardin, coupant de la coriandre parfumée. Elle m'apprenait à me servir d'une paire de ciseaux, je l'admirais.

Il y avait aussi ton père, Aouled, tellement gentil avec moi. Je crois qu'il m'aimait bien et j'ai encore une photo prise par mon père où il me tient, assis à califourchon sur sa moto. Il riait en me serrant dans ses bras.

J'allais voir ta maman en rentrant chez vous, comme si c'était chez moi. Je la trouvais assise par terre, sur un tapis, roulant le couscous de ses mains au-dessus d'un grand plat. Elle avait un nom idéal pour le jeune enfant que j'étais Lala. Elle aussi me souriait, m'accueillait à bras ouverts, je me souviens peu de son visage, mais je ressens encore sa chaleur maternelle, bienveillante. Tu te rends compte sans doute que, dans ma tête de petit garçon, nos deux familles n'en formaient qu'une seule. Je n'ai pas compris pourquoi, un jour, tout le monde autour de moi pleurait. Il fallait dire au revoir, mais cela ne signifiait pas grand chose pour moi. Je sentais autour de moi une grande tristesse, mais sans pouvoir la nom­mer ni la comprendre.

J'ai fait un bisou à tout le monde, et nous sommes partis en voiture.

Je ne me souviens plus du voyage qui a suivi, une nouvelle histoire a commencé en France. Nous ne vous avons plus jamais revus, je n'avais pas compris pourquoi vous n'étiez pas venus avec nous, alors que nous vivions ensemble.

L’ Histoire m'a séparé de ce « grand frère » en me lais­sant à l'intérieur un étrange sentiment de solitude. J'ai mis de longues années à comprendre que nous ne nous reverrions sans doute plus. Je ne pouvais en parler à mes parents sans raviver de profondes blessures, alors j'ai enfoui ce désir dans un coin reculé de ma mémoire en le cachant derrière un « à quoi bon ? » J'aimerai pour­tant te dire que, malgré cette séparation douloureuse, cette déchirure, le souvenir que je garde de toi est ton grand sourire. Ce sourire, avec ceux de ta famille, me rappelle que l'on s'aimait. Je vais de nouveau te dire au revoir, mais avec le coeur plus léger, car je viens de passer un moment avec toi, et cela faisait très longtemps que j'en avais envie.

Alors au revoir, Hadj, et peut ­être à bientôt... » 

                                                                                   Jean-Yves Maury. Courmangoux

 

En quittant l’Algérie, en quittant la ville de Biskra, j’ai vécu la perte de l’amour, la perte du monde. Et depuis quarante ans, c’est à reculons que j’avance dans la vie.

Somnambule affolé. Seul. Fouillant obstinément les rues et les jardins d’une ville presque oubliée, incertaine. Nous avions l’âge des délices et de l’oubli, l’âge de l’insouciance et des petits mensonges. Dans l’attente du sommeil, nuit après nuit, je m’abandonne aux souvenirs.

Nous avions l’âge des regards éblouis, des regards éberlués autour d’un geste, reflet exclamé sous le voile. J’ai le regret de quelques visages, quelques prénoms. La nostalgie des voix éperdues et fragiles de nos jeux. J’ai le regret des mimosas, diadèmes parfumés racontant le printemps, des fleurs d’hibiscus proposées au soleil, des guirlandes de bougainvillier ruisselantes de bonheur j’ai le regret du désert. Immense. Infini. Le désert au seuil des maisons, déjà. Le Sahara sans repos, refoulant sans cesse des dunes. Le Sahara, où, une ou deux fois par an, rugissaient jusqu’à en mourir les eaux sombres et tumultueuses des oueds. Ardents débordements d’un ciel épouvanté par l’orage. Nous avions l’âge des courses folles dans les palmeraies bourdonnantes de miel. L’âge de nous rafraîchir, heureux dans les eaux lentes des seguias. L’âge de nous étourdir tout au long de ces grandes journées ouvertes sur nos rires sans fin. Nous avions l’âge des rencontres possibles, des défis lancés au ciel. Des rendez-vous soupirés aux terrasses complices de nos secrets d’adolescents. Nous avions 15 ans, et la mémoire pas encore mutilée.   

                                                        Hebri Touitou. Paris

Le Paradis perdu

Un costume de femme arabe pour un sourire pied-noir...

 

Souvenir d'un pays inconnu

Petite-fille et fille de pied-noir, voilà, c'est moi. J'ai 26 ans, et, si mon papa pied-noir n'est plus là, toi, ma grand-mère, tu me racontes. Tu me racontes inlassablement, tes souvenirs remontent, te submergent, et moi, je t'écoute et je te regarde me transmettre le souvenir de ce pays que je n'ai pas perdu. Tout te manque. Et peu à peu, à mon tour, j'ai l'impression qu'il me manque quelque chose.                                           Caroline. Nantes.

Un nom de nuit

Ton prénom est arabe, mais tes origines ne le sont pas. Plusieurs mères algériennes, en entendant ton prénom se sont retournées interloquées, et nous ont demandé si nous savions que c'était un prénom "arabe". Et nous leur répondions que oui, nous le savions, que nous l'avions choisi, parce qu'il nous plaisait mais aussi parce qu'il était arabe. Nous avons eu à chaque fois cette impression de surprise, comme si l'intégration ne pouvait se faire que dans un sens.

Oui, nous avons appelé notre fille Leïla pour vous dire que vous faites partie intégrante de notre culture, que vous votre musique nous touche, que notre vocabulaire s'est enrichi du vôtre, que notre cuisine a régulièrement vos saveurs. N'est-ce pas là une belle preuve d'intégration et d'espoir qu'un pays d'accueil se mette de lui même à avoir de vos couleurs? 

                                                                                               Cécile et Sébastien

Monsieur le président de la République algérienne

"Monsieur le président, je vous fais une lettre que vous lirez peut-être, si vous avez le temps...

A l'automne de ma vie, j'ai toujours pas grandi. J'étais encore petit, quand mes parents m'ont dit Demain, y pas école, on va voir du pays. J'ai même pas dit au revoir à Simon, à Ali. Depuis, y a mon plumier et mon gris tablier. Y a aussi mon béret et mon vieil encrier. Je voudrais les chercher, mais les hommes me font peur. Ils ont tué Ali et mon instituteur. Les grands se battent toujours pour un dieu, une terre. ça n'en finit jamais avec toutes ces guerres. C'est dans ce beau pays que l'on appelle la France Que j'ai signé, un jour, mon arrêt de croissance.

Monsieur le président, je voudrais bien grandir. Devenir un adulte avant de mourir.

Respectueusement, je vous tends une main. Il n'y a pas de sang dans celles des vieux gamins. Je sais que vous avez du tracas, du souci pour que vos frères, un jour, puissent être réunis. Je veux bien vous aider à les réconcilier. Mais il faudra jurer de me rendre mon plumier."

                                                                                        André Lévy. Sclos-de-Contes

Merci Jacqueline !

La plupart des documents insérés sur cette page sont empruntés à Télérama  qui, en collaboration avec La Tribune, quotidien National d'Information algérien, a consacré un numéro hors série à l'Algérie: 40 ans après la fin de la guerre /Entre amour et blessures. Algérie, je t'écris!

 
LIENS pour en savoir plus:
- http://www.algerian-history.info/index.htm
- http://madoui.chez.tiscali.fr/index.html
- http://www.cerclealgerianiste.asso.fr/
- http://village.online.co.ma/stora/  Le site de Benjamin STORA
- http://pieds-noirs.org/histoire/memoire.htm
- http://hypo.ge-dip.etat-ge.ch/www/cliotexte/html/algerie.independance.html
- http://perso.wanadoo.fr/moktari/Algerie.htm#guerre2
- http://perso.club-internet.fr/erra/Gerre-Algerie.htm
- http://esmma.free.fr/mde4/acceuil.htm
  Chansons judéo andalouse :
- http://judeoandalouse.free.fr/chansonsdiverses.html 
  Musique andalouse : Discographie. (anglais/français)
- http://www.bolingo.org/audio/arab/nuba/nubadisco.html
- http://www.bolingo.org/andalus/index.html  
 Constantine d’hier et d’aujourd’hui
- http://www.constantine.free.fr/LesMenus/LAccueil.htm
- http://www.constantine.free.fr/LaCulture/celebrites.htm
* Télécharger la chanson Ma Patrie d'Enrico Macias.

Page 2:  Ils sont nés en Algérie, ils sont les enfants du Soleil.

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