La poésie "francophone" d'Alex Caire est aussi magnifique que dans la langue d'Imru L-Qays...

 
     
 

Alex Caire, poète et éditeur bilingue d'origine égyptienne, né au Caire en  1953,  conçoit, met en scène et publie des poèmes et des articles bilingues depuis 1975. Il continue d'œuvrer en faveur de la rencontre des deux civilisations que la méditerranée sépare et rapproche.

 

Bien qu'il écrive dans sa langue maternelle, l'Arabe, il a choisi d'écrire en français depuis 1988.

 

Après Insolent, paru en 1994, Verdict en 1996 et Souveraine en 1997, il  signe un nouveau recueil de poèmes, Sérail en 2004 puis Temps perpétuel en 2005...

 
 
 

 
 


 

Sérail du souvenir   Alex Caire

Tu vis dans un autre pays que le mien.

Un pays qui voit naître le jour avant le mien.

Ce temps et cet espace qui semblent nous séparer sont des remparts d'argile

qui perpétuent le feu

qui s'agite en nous, le feu

qui nous unit.

Oui, mon amour,

je vis constamment dans le passé.

Je vis dans le Temps perpétuel.

Ce sérail du souvenir que j'ai construit, au fil des années,

pour abriter ma passion pour toi,

pour me réfugier dans cette nuit éternelle, sans toi ,

pour faire semblant de vivre ;

vivre ces océans de temps que j'ai passé à t'aimer,

passer toutes mes  vies  à me nourrir de ton souvenir,

de ton amour éternel,

à dompter ma souffrance ,

à narguer la mort qui ne compte guère,

à conjurer le temps de ma solitude, ma solitude qui hurle, dans la nuit des temps.

Ce sérail

où je vois partout ton sourire qui m'irradie de bonheur,

où je sens ton souffle

qui caresse mes joues,

qui atténue mes rides,

ton rire

qui retentit en moi, insolent, intemporel, enflammé.

Ta présence …

ta présence

qui me hante,

qui vit en moi tel un poignard dans une chair meurtrie,

tes pas

qui scindent le silence de l'oubli,

et ton amour…

ton amour

qui me traverse telles les laves d'un volcan,

ton amour

qui sertit mon temps,

mon temps perpétuel en toi.
 

Inédit. Extrait du Temps perpétuel, Alex Caire, Horus Editeur - 2005

 
 

 
 

 

 

 

Anaïs   Alex Caire

 

Anaïs cache à peine le privilège de sa beauté constante, troublante de pudeur et de volupté. D'une grâce antique, palpitante,  sa peau renvoie à un passé lointain de monarque abandonnée à elle-même, en exil; un passé chargé de senteurs intimes, de fruits désirés et de breuvages oubliés. Sa féminité fragmente le désir de se l'approprier, pour mieux déguster chaque pli, chaque endroit touché par cet enchantement qui appelle la découverte dans son insoutenable retenue. Ses cheveux ébène donnent naissance à mille nuits sans lune. Ses yeux sont absents, cachent leur douceur, inaccessibles. Son sein gauche jalouse l'insolence de son sein droit qui lui rend bien la politesse.

La chair dense de ses hanches consacre sa beauté racée, intemporelle, omniprésente. Ses chevilles andalouses touchent à peine le satin de son lit quand ses orteils appellent un baiser interdit. Son charme irrésolu se passe de tout alphabet humain.  

 

Inédit Extrait de Sérail du souvenir Alex Caire Horus Editeur - 2005

 

 
 

 
 

Jasmin et cendre  Alex Caire

 

A la première lueur de l'aube,

Balquiss ouvre brusquement ses paupières alourdies par un sommeil de velours.

Un frisson vient parcourir son corps nu sentant le jasmin et la cendre.

Elle ondule lascivement ses hanches, caresse de ses orteils fushia le bord de son lit défait maintes fois pendant la nuit écoulée ....

 

Des goûtes de volupté matinale coulent des lèvres encore endormies de son sexe corail, se perdent vers la fente de ses fesses.

 

Elle se rappelle, ingénue, que son amant vient de quitter à l'instant leur lit ,

laissant l'odeur de sa peau salée dans ses narines,

le nectar de son amour dans son corps et un feu à jamais attisé dans ses arcanes de femme prise et éprise .....

 

Elle se tourne vers le coin vide encore chaud,

tire vers elle  le drap de mousseline bleue,

plaque son nombril gracile sur l'endroit humide qui vit leur dernière étreinte,

essayant en vain de prolonger l'instant qui s'empressait déjà de partir.

Inédit. Extrait de Sérail du Souvenir. Alex Caire. Horus Editeur.2004 

 

 

 
       
 

 
 

des Arts et des Hommes

Revivre la Patrie 1

 

La Patrie n’est pas un lieu géographique inéluctable défini par les lois de la nature ou par les impératifs de la vie. Elle est la demeure de l’amour premier, la demeure de l’enfance,  celle du premier bonheur. La Patrie est l’endroit où nos cœurs se réfugient, la demeure du souvenir. Quant à l’amour de la patrie ou le tourment amoureux, il est souvent exacerbé en exil où le retour de la mémoire devient plus fort que la fuite dans un présent illusoire. Ces réflexions n’auraient jamais été concevables avant la lecture d’un livre paru en Arabe dont je donne ci-après de courts extraits en Français ; contredisant ainsi mon principe de ne jamais traduire de la littérature. Mais à chaque règle son éclatante exception.

 

Je n’ai pas l’habitude, sauf cataclysme, de traduire de la littérature. La littérature ne se traduit pas. La littérature se vit, surtout la Poésie. Traduire de la poésie est une tentative  d’assassinat. Il faut la dire, en public, dans un silence imposé. La dire lui restitue toute sa splendeur, dans les deux langues: la source et la destination. Un voyage aller retour dans la Beauté. Je n’ai pas pu résister à extirper ces mots d’un livre écrit en Arabe. Un texte qui m’a explosé à la figure, de part et d’autre dans le livre, telle une kyrielle de bombes à retardement. Ce livre parle d’Algérie, d’amour, de souffrance, d’exil, d’endroits, de solitude, de mort et surtout d’une patrie à jamais perdue. Une patrie qui vit en nous, une patrie dont  gardons l’image du dernier jour avant le départ. Ce jour restera à tout jamais le jour du souvenir premier :

                           

» Je veux t’aimer ici, dans une demeure telle ton corps, conçue comme une maison andalouse. Je veux fuir avec toi ces villes construites comme des boîtes, loger ton amour dans une demeure qui te ressemble, suivant les courbes de ta féminité arabe. Une demeure où se cache derrière ses arcs, ses rondeurs et ses dessins mon souvenir premier. Une maison où le jardin sommeille dans l’ombre d’un citronnier géant, un citronnier qui ressemble à ceux plantés par les Arabes dans leurs demeures andalouses. Je veux m’asseoir à tes côtés, comme je reste ici devant ce petit ruisseau où nagent des poissons rouges, te regarder, surpris. Je sens ton corps comme je respire l’odeur du citron mûri avant terme. Toi mon fruit défendu. Devant  chaque arbre, je te désire.  

***

Le désir est une simple question mentale. Une pratique imaginaire, tout simplement. Une illusion qui nous créons dans un moment de folie où nous tombons en esclavage devant une seule personne que nous considérions d’une splendeur absolue pour une raison obscure voire totalement étrangère à la logique. Ainsi naît un désir d’une source inconnue qui nous ramène à un autre souvenir, à la senteur d’un autre parfum, à un autre visage. Un désir fou qui naît dans un autre endroit à l’extérieur du corps. Il naît de la mémoire ou peut-être de l’inconscient, des choses mystérieuses d’où tu t’es glissée un jour, sur la pointe des pieds. Te voilà devenue la plus splendide, la plus désirée. Te voilà portant toutes les femmes en toi».2

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1  Extrait  du Temps perpétuel - Alex Caire – 2009

2  Extraits de "Mémoire du Corps" - Ahlem Mosteghanemi - Dar Al’ Adab - Beyrouth– 1988 – pages 218 et 385.

Alex Caire, poète, critique littéraire

 
 

 
       
 

Lire Voyage de la Lune.

Poème en arabe.

Dédié au luthiste Tunisien Anouar Brahem

Pour toi Ahmed. Le Voyage de Sahar.

Les jardins de Ziryab d'Anouar Brahem

 
       
 

Visiter le Blog du Poète Alex Caire:

http://www.horusediteur.com/article-189132.html